Grand Prix du jury à «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan

Laissant les sceptiques confondus, Juste la fin du monde de Xavier Dolan a remporté dimanche un laurier majeur à Cannes, Le Grand Prix du jury, deux ans après son prix du jury pour Mommy. Il s’agit de la décoration juste en dessous de la Palme d’or. Jamais un film québécois ne s’était hissé aussi haut au palmarès cannois.

Ce film intense, porté par sa distribution exceptionnelle de stars françaises, qui aura fait traverser à son maître d’oeuvre l’éventail des bouleversements ces derniers jours dans le sillage d’une division critique, a touché le coeur du jury dirigé par George Miller, qui délibéra plus longtemps qu’à l’habitude. Les choix étaient durs à faire cette année. La véhémence se serait invitée aux débats.

« Intelligent, féroce, beau », a résumé devant les médias le président du jury George Miller, à propos de cette expérience collective. Selon les informations récoltées par Xavier Dolan et sa productrice Nancy Grant, ce jury a hésité longtemps avant de faire son choix entre Juste la fin du monde et I, Daniel Blake de Ken Loach, qui a finalement gagné la palme.

C’est avec une émotion immense, tout en pleurs, que Xavier Dolan a prononcé sur scène un discours sur la charge du film. Il a célébré la langue de Jean-Luc Lagarce, auteur de la pièce à son origine, levant son chapeau au défunt costumier François Barbeau auquel Juste la fin du monde se voit dédié.

« Même si l’émotion est une aventure qui voyage parfois mal jusqu’aux autres, elle finit toujours par y arriver », déclara le jeune cinéaste, en allusion voilée à la réception critique en dents de scie. « Je tournerai toute ma vie des films, aimés ou pas. » Et de citer l’écrivain français Anatole France : « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. »

En rencontre privée avec des journalistes québécois, Xavier Dolan, fier et radieux, a déclaré se sentir d’autant plus ému après la réception mitigée de la presse, davantage qu’à l’heure du prix au plus consensuel Mommy. Comme un retour du destin,

Et voir s’échapper la palme ? « J’ai eu une déception d’une fraction de seconde, répond-il, mais Ken Loach est un héros pour moi. Il est à la fois un cinéaste de la modernité et d’une autre époque, qui sait aborder les problèmes du peuple sans la condescendance que les autres y mettent. En faisant Mommy, j’avais en tête son Sweet Sixteen. »

Le jeune cinéaste estime que les nouvelles technologies ont modifié, par leurs mutations dans la mécanique critique, l’esprit du festival de Cannes.

« Juste la fin du monde ne mettait pas en scène des personnages faciles. Il est tiré d’une pièce sur le langage et réclame un temps de réflexion chez le spectateur. Avec le culte de l’instantanéité, en six minutes, le travail est fait sur twitter. Ensuite, se produit un effet de meute. À quand le moment où le public découvrira en même temps que la presse ces films-là ? À la Première, les gens, qui n’étaient pas nécessairement du milieu, fondaient en larmes. Ensuite, quand les membres du jury, des gens respectables, après ce parcours mouvementé, viennent vous voir en disant : “On aime ton film”, ce qui compte finalement pour moi, c’est cette sensation d’être validé. »

Qu’est ce que le prix changera pour le film ? « Tout », répond Nancy Grant. Xavier Dolan rappelle que le sort de Juste la fin du monde aux États-Unis, où il n’a pas encore trouvé distributeur, demeure un grand point d’interrogation. « J’ai traduit l’esprit de Jean-Luc Lagarce. Si c’est ce qui arrête les Américains, il s’agit d’une incompréhension de cet univers. »

En conférence de presse, le jeune cinéaste s’est dit encore ravi qu’en delà de la surface du film, le jury ait entendu les cris de souffrance des personnages et que le message se soit rendu.

« Jeudi, après la projection de presse, de savoir que des gens avaient mal compris votre film, c’est penser que les choses que vous avez vécu avec votre coeur ont été perçues autrement. C’était un choc et une surprise. Certains disaient noir là où je disais blanc. Ça causait problème. Mais à la Première du film en soirée, les gens pleuraient et on fait du cinéma pour ça. Je vais toujours être curieux des réactions que les gens ont face à mes films. Le jury qui m’a choisi me conforte dans l’idée qu’il faut toujours demeurer honnête dans son approche. »

Comme le jury rencontrait la presse après le palmarès, un de ses membres, le Hongrois Laszlo Nemes (Le fils de Saul) a salué la grande ambition du cinéaste québécois et ses prises de risque, en reconnaissant à Xavier Dolan, une voix originale au cinéma.

Une conférence de presse de Xavier Dolan et de sa productrice se tiendra à l’aéroport, ce lundi, 14 h 30, à la sortie des vols internationaux.


Odile Tremblay est à Cannes à l’invitation du Festival.
 

5 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 22 mai 2016 20 h 08

    Félicitation M. Dolan. Vous êtes... étonnant!

  • Gilles Théberge - Abonné 22 mai 2016 20 h 51

    Finalement

    On va parler plus du film de Dolan que du film de l'autre!

  • Marc Leclair - Inscrit 22 mai 2016 22 h 58

    Félicitations monsieur Dolan! Vous le méritez!

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 mai 2016 20 h 20

      Avez-vous visionné son dernier opus?

  • Jean Lefebvre - Abonné 23 mai 2016 21 h 44

    Un grand prix du Jury! Bravo Xavier!
    Ton karma est très particulier...