Marion Cotillard, ce paysage…

L’actrice française Marion Cotillard est à Cannes pour deux films en compétition. Elle y était dimanche pour défendre «Mal de pierres», de Nicole Garcia.
Photo: Valery Hache Agence France-Presse L’actrice française Marion Cotillard est à Cannes pour deux films en compétition. Elle y était dimanche pour défendre «Mal de pierres», de Nicole Garcia.

Voici qu’arrive Marion Cotillard, avec sa fragilité et sa sensibilité à fleur de peau, vêtue simplement, sans chichi de star, peut-être fatiguée, assez pour se ménager et n’offrir que sa simplicité en partage. Cannes l’aime et l’actrice française le lui rend bien. L’interprète de La vie en rose accompagne cette semaine deux films en compétition. Dès ce dimanche : le très beau et classique Mal de pierres, de Nicole Garcia, sur une femme des années 50 qu’elle campe avec fièvre, trop ardente pour son époque et son milieu, entre un mari loyal et un amant idéalisé.

Marion Cotillard est venue quatre fois en compétition, dont en 2012 pour De rouille et d’os, de Jacques Audiard, et pour Deux jours, une nuit, des frères Dardenne, en 2014, repartie bredouille au prix d’interprétation féminine, oscarisée ailleurs, en attente de consécration ici.

Jeudi, on verra l’actrice française monter de nouveau les marches du Palais avec l’équipe du film de Xavier Dolan. Ce dernier considère d’ailleurs sa présence auprès d’eux comme un vrai miracle, à travers son horaire de fou, puisqu’elle rencontrera la presse le jour, participera au gala du soir, avant de repartir aussitôt en Espagne sur le plateau de Five Seconds of Silence (avec Brad Pitt), de Robert Zemeckis.

Pas de répit donc pour la frêle égérie de Dior, actrice avant tout, d’un film à l’autre investie de tout son être.

Cette plongée à la rencontre de ses doubles de cinéma, elle l’évoquait dimanche, précisant hésiter à accepter des rôles : « À cause du travail intense qui commence alors en dedans de moi pour la quête du personnage. C’est comme tomber amoureuse. On y pense tout le temps. Je dois trouver la façon dont elle respire, dont elle souffre. J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé dans l’enfance d’un personnage. Il y a tellement de clés dans l’enfance… »

Devant la presse, l’actrice semble toujours craindre de ne pas se montrer assez précise dans ses réponses, ajoute des détails, s’enroule autour, demande : « Est-ce que ça allait ? Me suis-je bien exprimée ? » Sa perpétuelle inquiétude doit bien constituer une des sources de son talent.

Un film porté par une grâce

Nicole Garcia aura attendu sa Marion un an, le temps pour l’actrice d’émerger d’autres univers parallèles. La cinéaste ne voyait qu’elle pour ce rôle de femme, très sexuée, en quête d’absolu. « Son corps parle plus que les décors du film. Elle est une géographie… » Elle a voyagé dans ses paysages.

Nicole Garcia en est à sa troisième course à la Palme d’or et livre cette fois son meilleur film, porté par une sorte de grâce. Rien d’extravagant, mais la lumière et les images magnifiques de Christophe Beaucarne sont posées sans réserve sur un univers romanesque, à distance parfaite, ne cherchant à blâmer personne si ce n’est l’époque, avec une vraie justesse et un amour pour ses personnages.

Mal de pierres raconte l’histoire d’une jeune femme de la bourgeoisie campagnarde (Cotillard), aux portes de la folie, qui cherche l’amour fou et se retrouve mariée de force à un travailleur itinérant exilé de la guerre civile espagnole, brave type pourtant (Alex Brendemühl, quasi mutique, tout en stoïcisme). Au sanatorium, elle s’éprend d’un beau lieutenant malade (Louis Garrel, parfait en mourant sophistiqué, cerné et alité). Le voici partenaire de Marion Cotillard pour la toute première fois, et la chimie passe bien.

Ces femmes trop ardentes

La cinéaste chérissait, il faut dire, le roman à sa base, signée par l’Italienne Milena Agus, transposé de la Sardaigne à la France des années 50, avec longue parenthèse dans un sanatorium suisse, sorti tout droit de La montagne magique de Thomas Mann.

Côté figures féminines fortes, on pense à la Catherine des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Nicole Garcia évoque celles à la fois littéraires et cinématographiques, de Madame Bovary à Adèle H., qui ont rêvé l’amour, en porte-à-faux avec leur société corsetée, débordant du cadre par toutes leurs fibres. De grandes actrices se sont frottées à ces rôles, d’Isabelle Adjani à Isabelle Huppert. « Mais le personnage de Gabrielle évolue. »

Pressentie pour camper l’héroïne de Mal de pierres, Marion Cotillard avoue avoir d’abord souhaité que le scénario tiré du roman par Jacques Fieschi lui déplaise. En vain. « J’ai commencé à lire et j’ai dit oui. Je suis attirée par ce que je n’ai pas encore exploré, ici cette femme que les autres empêchent de déployer ses ailes. Gabrielle est un être singulier. Avec une passion brimée. Elle se laisse faire par son entourage, tout en se rebellant à l’intérieur de sa coquille, se servant de son mari pour acquérir une certaine expérience sexuelle, sans le connaître toutefois. »

« J’aimais ces rôles d’hommes pudiques, courageux, silencieux », précise Nicole Garcia. Le personnage du mari est très beau, tout en abnégation, en amour pur. « Il a cette capacité d’être généreux, explique son interprète, d’oublier que sa Gabrielle a un amant, qu’elle ne sera jamais tout à fait sienne. »

Mal de pierres est un film qui trouverait son public au Québec, par sa sensibilité sans mièvrerie, son classicisme et sa vérité. On espère qu’il se fraiera un chemin jusqu’à nos écrans.

Odile Tremblay est à Cannes à l’invitation du Festival.
 


 
1 commentaire
  • Lucien Cimon - Abonné 16 mai 2016 09 h 37

    Magnifique texte sur une grande artiste qui séduit par sa vérité si profondément humaine.