Le Parallèle condamné à la faillite

Claude Chamberlan, longtemps à la barre du vaisseau, se sent endeuillé, mais espère voir renaître l’esprit de Parallèle sous une forme ou l’autre.
Photo: François Pesant Le Devoir Claude Chamberlan, longtemps à la barre du vaisseau, se sent endeuillé, mais espère voir renaître l’esprit de Parallèle sous une forme ou l’autre.

Jeudi, la Corporation du Cinéma Parallèle, responsable d’Excentris, sur prise de possession des lieux par le Syndic, a terminé sa course. « Mercredi, j’ai remis les clés au syndic de la SODEC. Les derniers administrateurs ont démissionné aujourd’hui [jeudi], explique l’ex-directrice de la Corporation et d’Excentris, Hélène Blanchet. Le 18 mai, il y aura une dislocation de la Corporation. Je serai la seule du groupe à l’assemblée des créanciers le 25 mai prochain. »

Contrairement à ce qu’elle avait indiqué et cru elle-même le 28 avril dernier, le Parallèle ne serait pas en dormance, mais en faillite de facto. « Faute de pouvoir faire une proposition aux créanciers en se libérant des dettes, la corporation ne pourra être réanimée », dit-elle.

Si le Cinéma Parallèle, dont la programmation occupait une des trois salles, chapeautait Excentris depuis 2011, son histoire est plus longue que celle du temple cinéphilique fondé en 1999 par Daniel Langlois. L’un est tombé avec l’autre : Excentris n’ayant pu renaître sous la bannière MK2, plan de la dernière chance, il entraînait la corporation dans son gouffre.

Le Parallèle était un organisme à but non lucratif, présentant plusieurs films pointus d’ici et d’ailleurs, dont des documentaires d’auteur. Au fil du temps, il avait gagné un statut particulier, celui de pouvoir diffuser des films sans distributeur. Le prochain projet du genre devra revenir à la case départ.

Claude Chamberlan, longtemps à la barre du vaisseau, se sent endeuillé, mais espère voir renaître l’esprit de Parallèle sous une forme ou l’autre.

Une longue aventure

Il évoque cette longue aventure, qui fut un concept avant d’être un lieu. La création de l’ancêtre du Parallèle, le Centre du film underground par Dimitri Eipidès et Dimitri Spentzos dans un loft coin Bordeaux et Ontario, date de 1967.

« D’abord projectionniste, j’en ai été codirecteur avec Eipidès dès 1968, évoque Claude Chamberlan. En 1970, il a pris le nom de Cinéma Parallèle, mais demeura longtemps nomade. On présentait dans des salles de galeries, de musées, des films indépendants. avec un projecteur 16 mm. L’underground s’y réunissait autour de Jean Basile. La faune venait de l’art expérimental autant que du FLQ, de toutes sortes d’horizons. »

Le Parallèle opérait deux ou trois mois par an. « Mais j’avais l’idée d’une salle permanente, ouverte 365 jours. Sur Saint-Laurent, on l’a créée en 1978. Elle était la seule au Canada vouée au cinéma indépendant. Nos inspirations venaient de New York, de la Hollande aussi, car on se sentait proches du festival de Rotterdam. » Les années folles et enfumées s’ébattaient dans son antre. Une seule salle, flanquée du Café Méliès, se faisait lieu de rassemblement.

Le Festival du nouveau cinéma avait été fondé en 1971. Il s’est marié au Parallèle en 35 mm. On connaît la suite : en 1999, Daniel Langlois, mécène des nouvelles technologies, déjà associé avec le Festival du nouveau cinéma, ouvrait Excentris à quelques blocs de l’ancien Parallèle et de son Café Méliès, tous deux transférés dans ses murs high-tech. Entre 1999 et 2009, un temps directeur, Claude Chamberlan a dirigé la programmation. Il se montrait alors critique du bâtiment, trop froid et esthétique à son goût. « C’était le Xanadu de Daniel Langlois », dit-il.

Quand la nouvelle équipe a repris les clés de l’établissement en 2011, il continua à siéger au conseil d’administration du Parallèle, mais de graves dissensions les ont opposés et il fut éjecté du CA l’année suivante.

Chamberlan rêve donc de renaissance pour le Parallèle. « Tant mieux si les projets de complexes de MK2 se concrétisent, dit-il, mais j’espère de mon côté voir naître un cinéma plus modeste : deux salles de projection, avec des jeunes, en m’impliquant ou me retirant au besoin. Un endroit convivial pour toutes les générations. On parle d’un lieu. Le nom n’est pas si important… »

 

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