ONU, eurovilains et autres catastrophes

Captain America (Chris Evans) s’oppose à Iron Man (Robert Downey Jr.).
Photo: Disney Captain America (Chris Evans) s’oppose à Iron Man (Robert Downey Jr.).

Que ça vous plaise ou pas, sachez que les superhéros, qu’ils soient de l’écurie Marvel ou DC Comics, vont ponctuer vos étés pour encore longtemps, les studios possédant l’équivalent du Graal pour faire sonner les tiroirs-caisses.

Pas besoin d’être devin pour savoir que Captain America – Civil War, une vitrine exceptionnelle pour la constellation Marvel, saura rallier les fidèles et les foules. En prime, même si leurs exigences ne sont pas toujours élevées, ils auront droit à un divertissement de haute tenue, exécuté avec une poigne solide par les frères Anthony et Joe Russo, nullement étrangers à ce monde pétaradant (Captain America : The Winter Soldier). De surcroît, les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely ont parfaitement exécuté la tâche qui leur incombait : multiplier les enjeux dramatiques pour maximiser la présence d’une galerie imposante de héros costumés ; certains font trois petits tours (Ant-Man), d’autres annoncent un retour prochain (Spider-Man), et les vétérans ne donnent pas leur place (Captain America et Iron Man). Même le dosage entre le cabotinage acrobatique et les tragédies ensanglantées force le respect.

Il faut ajouter à cela des questions de géopolitique internationale impliquant l’ONU — eh oui, tout est possible —, alors que ces protecteurs aux pouvoirs démesurés ont fait pas mal de grabuge au Nigeria, et pas que matériel. La diplomatie mondiale veut les mettre au pas, ce qui provoque un schisme entre Captain America (Chris Evans, toujours aussi recto tono), partisan de l’indépendance, et Iron Man (Robert Downey Jr., qui s’amuse, et nous avec lui), prêt à ce beau risque. À Vienne, la signature de l’entente vire au cauchemar, et on accuse Winter Soldier (Sebastian Stan), ce mutant sorti des ruines fumantes de la guerre froide, d’avoir fait dérailler le processus. Mais peut-être que tout cela n’est au fond qu’une machination d’un eurovilain (Daniel Brühl) pour mieux diviser cette armada, lui qui aurait pu adopter la cape de Batman s’il en avait eu la chance…


Débauche d’effets et pirouettes burlesques

Captain America – Civil War offre l’habituelle débauche outrancière d’effets spéciaux, mais aménage aussi de belles pirouettes burlesques, surtout lors de l’affrontement spectaculaire des deux clans dans un aéroport aussi désertique que Mirabel avant sa fermeture. Ces conquérants colorés, certains tourmentés à souhait (Scarlet Witch portant sur ses épaules une lourde faute ; Black Panther en quête de vengeance), d’autres presque superflus (les flèches de Hawkeye ne volent pas très haut), se déploient avec force pour assurer leur suprématie cinématographique. Ils le font avec fracas, et parfois avec sensibilité.

Pourtant, il ne faut guère attendre de cette marque de commerce un éblouissement à la Christopher Nolan lorsqu’il s’empare d’un comic book (Batman), mais le souvenir de tant de super-ratages (Daredevil, Green Lantern, Fantastic Four) donne à Captain America – Civil War un éclat certain. Et quelques éclats de rire, ce qui n’est pas à négliger.

Captain America – Civil War (V.F. : Capitaine America – La guerre civile)

★★★

Drame fantastique d’Anthony et Joe Russo. Avec Chris Evans, Robert Downey Jr., Scarlett Johansson, Sebastian Stan. États-Unis, 2016, 147 minutes.