Ils aiment leur HLM

Ces vaillants représentent un véritable modèle à suivre.
Photo: Les films du 3 mars Ces vaillants représentent un véritable modèle à suivre.

Le documentariste Pascal Sanchez (La reine malade, Littoral) a fait le choix (courageux) du silence et de l’observation patiente dans Les vaillants, concédant de rares informations factuelles tirées de son carnet de tournage et superposées à ses images. Parmi celles-ci : la mort d’un jeune homme, tué par balle là où il avait trimballé sa caméra pendant un an. La mention devient un peu le symbole d’un échec, d’une tragédie maintes fois répétée, mais qui n’étonne plus personne.

En effet, pourquoi un meurtre dans le quartier Saint-Michel à Montréal serait-il considéré comme une surprise, diront les cyniques ? C’est principalement à eux que Pascal Sanchez s’adresse, prenant le temps de démontrer que derrière les faits divers et les clichés se cache une population fière, combative, généreuse. Et tout aussi imparfaite que n’importe quelle communauté qui aime bien céder à la paresse et au potinage.

Pour en décrire les caractéristiques, épingler les travers et célébrer sa débrouillardise, le cinéaste a choisi le pari de la durée, prêt à passer une année au milieu d’un assemblage d’habitations à l’architecture tristement fonctionnelle, beaucoup moins désolante lorsque les voisins bavardent sur les perrons et que les cris des enfants brisent la monotonie des jours. Premier constat réjouissant : une organisation de résidants tente l’impossible, depuis le début des années 2000, pour redorer le blason de ce secteur de la ville plus connu pour ses émeutes que pour ses mouvements citoyens.

Les initiatives de ce petit groupe de bénévoles de tous les horizons ethniques et culturels n’ont rien de flamboyant : épluchettes de blé d’Inde, réveillons de Noël, etc. Pour l’organisation, ils ne peuvent compter que sur une poignée de convaincus, par ailleurs difficiles à mobiliser lors de l’assemblée générale annuelle, moment symbolique choisi par le cinéaste pour débuter, et clore, son incursion bienveillante.

Entre deux activités sociales, plusieurs membres de cette communauté savent tisser des liens fraternels, n’hésitent pas à verser quelques larmes devant la caméra, ou à étaler leur vie privée dans ce qu’elle a parfois de plus saisissante (une des protagonistes exhibe ses photos de mariage avec une fierté ostentatoire). Tout cela apparaît parfaitement anecdotique, d’une banalité confondante, mais c’est sans compter sur la grande humanité de ces héros du quotidien, ceux et celles qui s’occupent d’éveiller des enfants grandissant trop vite sur le béton, ou ce joyeux bataillon de bonnes âmes réglant au quart de tour la distribution de paniers de Noël.

Ces vaillants, qui visiblement n’arrêtent jamais (même la bande sonore du générique final illustre, avec une pointe d’ironie amusante, ce zèle contagieux), représentent un véritable modèle à suivre. À Saint-Michel comme ailleurs, les solutions miraculeuses contre le racisme, la pauvreté et le décrochage scolaire n’existent pas. Ce n’est pas une raison pour se plaindre ou rester les bras croisés ; les personnages de Pascal Sanchez ont mieux à faire.

https://vimeo.com/143663869

Les vaillants

★★★★

Documentaire de Pascal Sanchez. Québec, 2015, 79 minutes.

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