Festival du film de Berlin - Le cinéma: une industrie prolifique au Nigéria

Berlin — Les affiches se ressemblent, avec leurs couleurs criardes et ces visages inquiets ou apeurés, mais les apparences sont trompeuses: l'industrie nigériane du film, prolifique et peu connue hors de l'Afrique anglophone, explore tous les genres, du mélo à la science-fiction, en passant par les films religieux.

Sous le titre Hollywood au Nigéria, le festival du film de Berlin proposait hier discussions et projections destinées à faire découvrir les productions de la nation la plus peuplée d'Afrique aux professionnels européens.

«Quand un homme veut se réconcilier avec sa femme, il rentre avec 10 cassettes vidéo. S'il veut sortir sans elle, même chose, comme cela, elle ne voudra pas l'accompagner», explique la productrice Peace Anyiam-Fiberesima, pour illustrer la passion des 200 millions de Nigérians pour leur «cinéma».

Officiellement, plus de 1000 films sortent chaque année. Officieusement, sans doute plus du double. Tournés en quelques jours avec des caméras numériques, ils sont directement diffusés en vidéo, la crise économique dans le pays ayant contraint les salles de cinéma à la fermeture.

Une cassette se vend à des centaines de milliers d'exemplaires et se loue à l'infini dans l'un des

200 000 clubs vidéo du pays. Dans les villages, les familles se réunissent pour la regarder.

Un réalisateur peut tourner quatre ou cinq longs métrages par an, pour un budget moyen de 10 000 euros (17 000 $). «Nous planifions, nous faisons peu de pauses et surtout chacun exerce plusieurs métiers,» indique le réalisateur-producteur-monteur Francis Onwochei.

«Nous n'attendons pas d'argent du gouvernement. On demande des faveurs aux gens qui nous doivent des services, c'est l'entraide dans un esprit de communauté,» ajoute Peace Anyiam-Fiveresima.

Beaucoup de scènes d'intérieurs, beaucoup de dialogues, des visages expressifs filmés en gros plan, les productions nigérianes rappellent parfois les soap-operas. Meurtres, adultères et rivalités familiales abondent dans les scénarii.

Projeté à Berlin, Le Retour, de Kingley Ogoro, ne lésine pas sur les effets spéciaux pour narrer la rédemption d'une riche femme égoïste qui se voit offrir une seconde chance après sa mort. Parmi les autres titre présentés, Thunderbolt (Coup de foudre), une histoire d'amour entre deux jeunes d'ethnies différentes ou encore la tragédie The Bastard (Le salaud).

«Nous tournons des films adaptés à notre public. Les Nigérians ne veulent pas voir Terminator 3. Ils se demandent: "mais qu'est ce que Terminator 3 a à voir avec moi ?"», explique la productrice Peace Anyiam-Fiberesima.

Les films ouvertement politiques sont rares, par peur de la censure, mais les histoires personnelles fournissent l'occasion aux réalisateurs de donner leur vision de la société.

«Le Nigéria est un pays qui n'est pas gouverné, les gens y sont abandonnés à leur sort. La seule chose qui leur reste, ce sont les films, des compagnons de vie pour eux», souligne la Sud-Africaine Brenda Goldblatt, auteure d'un documentaire sur le sujet.

Conséquence: la location d'un film nigérian dans un club vidéo coûte deux fois plus cher que celle d'un succès hollywoodien.

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