Le regard bienveillant d’un Québécois anglophone qui s’est exilé

John Walker contemplant le centre-ville de Montréal des hauteurs du mont Royal
Photo: Source John Walker Productions / La Presse canadienne John Walker contemplant le centre-ville de Montréal des hauteurs du mont Royal

Le documentariste John Walker, un anglophone ayant grandi au Québec, se souvient d’avoir joué sur la glace, enfant, avec de jeunes francophones qui, lui semblait-il, n’aimaient pas les enfants anglophones comme lui.

Malgré tout, il assure qu’il n’a jamais été « anti-francophone ». Et lorsqu’il a décidé de quitter la province — comme l’ont fait environ 500 000 Anglo-Québécois dans la foulée de la Révolution tranquille —, il a rapidement eu le mal du pays.

John Walker raconte sa propre expérience d’exil et sa vision de la Révolution tranquille dans le film Quebec My Country Mon Pays, qui a été présenté en première au festival du documentaire Hot Docs, à Toronto, samedi.

Les intervenants dans le documentaire incluent le réalisateur Denys Arcand et l’écrivain Jacques Godbout.

« Il s’agit d’une histoire canadienne qui n’a pas vraiment été racontée du point de vue d’un Québécois anglophone d’origine, raconte le cinéaste. Le film traite de ce changement majeur qui a eu lieu au Canada, à l’intérieur du Québec, et qui, franchement, a eu un grand impact sur Toronto. »

« C’est une histoire que plusieurs Canadiens ne connaissent pas, mais c’est une histoire très personnelle. »

À contrecoeur

John Walker est derrière, mais aussi devant la caméra, alors qu’il parle du changement culturel survenu au Québec durant cette période, en plus de raconter l’histoire de sa famille dans la province, longue de 250 ans.

Il affirme avoir de la sympathie pour le mouvement souverainiste au Québec, mais il a choisi à contrecoeur, comme plusieurs de ses semblables, de quitter la province par crainte de n’y trouver aucun avenir en tant que citoyen anglophone.

« Lorsque je suis arrivé à Toronto, c’était comme arriver dans un pays étranger », raconte le cinéaste, qui a quitté le Québec dans les années 1970 et qui vit aujourd’hui à Halifax.

« Je me disais : “ Il n’y a personne qui parle français dans les rues.” Le français me manquait et je me suis rendu compte de l’influence importante qu’ont eue sur moi le français, le cinéma québécois, la culture québécoise, l’urgence et l’importance de la langue et de la culture. »

Les parents de John Walker l’ont suivi à Toronto en 1980, mais sa soeur a refusé de déménager et la famille s’est retrouvée divisée.

Sur un air de cornemuse

Il y a quelques années, lorsque son père est mort et que la famille a ramené son corps au Québec pour l’enterrer dans sa ville natale, John Walker a ressenti de la tristesse et de la colère d’avoir vu ses parents s’obliger à se déraciner.

« J’étais debout devant sa tombe, les cornemuses jouaient un air irlando-écossais et une grande vague s’est brisée sur la plage, se souvient-il. J’ai réalisé que notre famille avait été exilée, divisée, et que la vie de mon père avait été chamboulée à l’âge de 52 ans, alors qu’il avait déménagé à Toronto, avait quitté ses amis et laissé ses compagnons artistes derrière lui. »

John Walker dit avoir voulu tourner le film pour montrer que cette période, au Québec, avait été nécessaire et importante, que les francophones et les anglophones avaient été influencés les uns par les autres et que « les deux solitudes n’étaient plus nécessaires maintenant ».

« D’une certaine façon, il s’agit d’une lettre d’amour au Québec et d’une façon de reconstruire les ponts, estime-t-il. Je ne suis pas anti-francophone, il n’y a jamais eu de propos anti-francophones dans ma maison, au contraire. »

« Il n’est donc pas question de s’opposer les uns aux autres, mais bien de se comprendre les uns les autres. Ironiquement, je crois que les Québécois anglophones sont les meilleurs amis des Québécois francophones, parce que nous comprenons, du moins dans ma famille, et nous avions de la compassion relativement à ce qui se passait. »

15 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 2 mai 2016 07 h 05

    Eh bien ils auraient ....

    dû rester ici alors. Les Kébécois n'ont rien contre les anglos qui parlent français, mais ils en avaient marre de se faire dire par des unilingues anglais que faire et quoi faire et de travailler et de se faire diriger par des unilingues anglais. En plus Monsieur Walker, vous n'est pas anglais, vous êtes irlandais ou écossais, d'après ce que je peux lire. Ce qui est tout à fait différent à mon point de vue en tout cas.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 mai 2016 10 h 04

      En effet, ils n'auraient peut-être pas dû partir. Mais un enfant suit sa famille.

      Par contre, Anglais, Écossais, Irlandais, Cornique, Polonais, Allemand, Juif ou autre, qu'est-ce que ça change? Ne tombez pas dans l'Obsession ethnique (titre d'un livre éclairant).

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 mai 2016 13 h 20

      Je suis d accord avec vous Mme Gervais.De tous les anglophones que j ai connus,qu ils soient d Asie,d Afrique,d Angleterre,des USA,les moins gentils i.e.les plus détestables sont les anglophones d abord du Québec et ensuite du ROC incontestablement. J-P.Grise

  • Jean Lapointe - Abonné 2 mai 2016 07 h 58

    C'est un problème politique.

    « Il n’est donc pas question de s’opposer les uns aux autres, mais bien de se comprendre les uns les autres. » (Victoria Ahearn)

    On dirait que pour un grand nombre d'anglophones du Canada, sinon pour la majorité d'entre eux, tout comme pour Justin Trudeau, il suffirait que les francophones et les anglophones se parlent dvantage pour qu' ils puissent mieux se comprendre.

    Et à ce moment-là il ne serait plus question d'indépendance pour le Québec.

    C'est comme s'ils n'avaient aucune connaissance du passé, c'est comme s' ils ne savaienit pas qu' en 1760 il existait ici un peuple (en plus des Amérindiens) quand le Canada de l'époque est devenu une colonie de l'Angleterre et c'est comme s'ils ne savaient pas que ce peuple aspire encore à se gouverner lui-même depuis ce temps au lieu de rester sous différentes formes de dépendances face aux anglophones.

    On dirait qu'ils ne se rendent pas compte qu' ils se considèrent comme supérieurs à nous et qu' alors nous devrions nous joindre de plein gré à eux parce que ce serait à notre avantage.

    Ils n'ont pas l'air de trouver acceptable que nous puissions aspirer à prendre en main notre destinée à notre façon comme tout peuple aspire à le faire, comme eux le font.

    Ce n'est pas parce que ne les aimerions pas c'est parce que nous ne voulons pas disparaître comme peuple par instinct de survie.

    Ce n'est pas parce que nous ne comprenons pas suffisamment qu'il en est ainsi c'est parce que le régime politique dans lequel nous vivons ( le Canada est une fédération et non pas une confédération) actuellement ne nous permet pas de faire ce que nous aimerions pouvoir faire.

    C'est donc une question de pouvoir, c'est donc un problème politique. Ce n'est pas une question de simples relations humaines entre eux et nous.

    La barrière qui existe entre eux et nous ne saura être franchie que lorsque nous pourrons nous rencontrer et échanger de peuple à peuple égaux et non plus en tant que dominés et dominants.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 2 mai 2016 08 h 17

    Nègre blanc

    En 1950, à l'âge de 5 ans, j'ai déménagé de Montréal à Saint-Lambert, qui était alors à moitié anglophone - du moins dans mon quartier.
    J'ai alors appris l'anglais dans la rue parce que pas un seul de mes copains anglophones n'a daigné apprendre le français. Je me suis fait souvent dire : Speak white. On me dira que ce sont leurs parents qui sont à blâmer, que c'était dans l'air du temps, que c'est chose du passé, que....

    L'expression «nègre blanc» de Vallières s'applique bien à ce moment de notre histoire.

    Durant les années 60, le mépris tranquille des anglophones envers les francophones s'est reviré contre eux et ils ne l'ont pas digéré.

    Quand les anglophones ont quitté en masse le Québec pour s'en aller à Toronto ou ailleurs, plusieurs nous disaient clairement NON quant à leur avenir dans une société égalitaire franco-anglo.

    Aujourd'hui, l'indifférence, l'indécision et la couardise à répétition du peuple québécois nous rend inoffensif et négligeable. Montreal est dorénavant une ville anglophone avec une minorité francophone. À l'aide de leur pouvoir d'attraction d'une majorité en terre d'Amérique et de leur médias complaisants, les anglophones ont mis les immigrants de leur bord et le tour est maintenant joué.

    Soit dit en passant, presque tous mes amis (es) anglophones sont des américains(es). Serait-ce à cause de cette révolution tranquille de la deuxième moitié du vingtième siècle que j'ai si peu d'amis canadiens-anglais?
    Poser la question, c'est y répondre.

  • Lise Bélanger - Abonnée 2 mai 2016 08 h 21

    Tient!Tient! On dirait le syndrôme de Stockholm qui se montre le bout du nez!

  • - Inscrit 2 mai 2016 08 h 27

    La grande différence...

    Les Anglos-Canadians ont un pays pour se replier, les Québécois francophones n'en ont pas.

    Si les choses ne vont pas selon leur convenance, les Anglos ont l'option de rejoindre leurs compatriotes du Canada; nous, nous risquons de perdre même le pays qu'on croit être le nôtre.