Cinema Hermetica, Pacôme Thiellement

« Chinatown [de Roman Polanski] est un film qui suit une ligne sinueuse au milieu de la grande ligne droite. » Une impression similaire, et persistante, nous anime tout au long de cet essai à la fois elliptique et encyclopédique. Pacôme Thiellement, qui revendique plusieurs métiers (réalisateur, essayiste, journaliste, écrivain), et plusieurs passions (théologie, ésotérisme, rock, sociologie, et bien sûr cinéma), étale son savoir immense résolument désordonné dans une suite de chapitres portant sur des films de grande valeur servant bien sa cause et ses prétentions intellectuelles. Tous qualifiés de cultes, même si certains choix paraissent quelque peu décalés (Céline et Julie vont en bateau, de Jacques Rivette), ou précoces (Nymphomaniac, de Lars von Trier), ils servent surtout de vastes terrains de jeu sémiologiques, donnant à l’auteur le droit d’aller dans tous les sens. Arriver au coeur du sujet ne semble jamais une préoccupation pour Thiellement, préférant casser du sucre sur le dos du premier ministre français Manuel Valls en causant du Locataire (Polanski analysé deux fois plutôt qu’une), ou faisant appel à une foule d’autres films pour juger de la valeur de l’oeuvre décortiquée, rendant l’analyse encore plus obscure. Sur l’adaptation irrévérencieuse du roman de Stephen King par Stanley Kubrick, l’essayiste aura cette observation alambiquée : « Shining ne veut pas ne rien dire, mais il ne veut pas dire une seule chose. » Nous voilà rassurés…

Cinema Hermetica

Pacôme Thiellement Super 8 Éditions, Paris, 2016, 298 pages.