Un baptême de Croisette pour Kim Nguyen

Kim Nguyen se présentera à Cannes avec sérénité.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Kim Nguyen se présentera à Cannes avec sérénité.

La nouvelle avait filtré mais s’est vue officialisée mardi matin, avec l’annonce de toute la sélection. Two Lovers and a Bear du cinéaste de Rebelle, Kim Nguyen, son premier long métrage en anglais, fait partie des 18 longs métrages de la Quinzaine des réalisateurs au 69e Festival de Cannes, sur ses rails du 11 au 22 mai. Un autre film canadien, Mean Dreams de Nathan Morlando, avec en vedette la Québécoise Sophie Nélisse (La voleuse de livres, Endorphine), sera projeté dans la même section. Est attendue également à Cannes la jeune actrice.

La Quinzaine accueille par ailleurs des oeuvres du Chilien Pablo Larrain (Neruda) et du Franco-Chilien Alejandro Jodorowsky (Poesía sin fin), etc. Fais de beaux rêves de l’Italien Marco Bellocchio assurera l’ouverture, et Dog Eat Dog de l’Américain Paul Schrader, la clôture.

Histoire d’amour sur station lunaire

Mardi matin, Kim Nguyen, le producteur Roger Frappier et Victor Rego, des Films Séville, rencontraient les médias et célébraient l’heureux événement.

Avec en vedette la Canadienne Tatiana Maslany et l’Américain Dane De Haan, le cinéaste décrit Two Lovers… comme « une histoire d’amour torturée qui se passe sur une station lunaire ». Oeuvre initiatique, voyage intérieur et extérieur, conte lyrique aussi, le film aborde les sinueux parcours de Roman et Lucy, qui, pour apprendre à s’aimer, devront se délester de leurs fantômes sous un climat extrême. Il devrait sortir fin d’automne, début d’hiver prochain.

Si son Rebelle, primé en 2012 à Berlin, en nomination pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, avait mis Kim Nguyen sur la carte internationale, il se sent quand même traité à 40 ans comme un jeune cinéaste pour son baptême de la Croisette, sans appréhension pour autant, quoique réjoui bien entendu. Il espère profiter là-bas de l’instant présent, fraterniser avec ses confrères, demander à Jodorowsky de faire un rituel psychomagique pour lui porter chance et retrouver Pablo Larrain à la Quinzaine après l’avoir croisé aux Oscar. Car la planète cinéma est bien exiguë, tout compte fait.

« Je vais à Cannes avec plus de sérénité que si c’était mon premier film », assure-t-il. Le directeur de la Quinzaine, Edward Wintrop, a choisi son film très tôt dans le processus de sélection, avec un intérêt marqué. « Il l’a vu. Il nous a appelés. Le lendemain, on était invités. »

Au Nunavut

Une grande partie du tournage s’est effectuée à Iqaluit au Nunavut, en plein hiver arctique, sous des températures frisant parfois moins quarante, ce qui commandait des prises courtes. « Tatiana et Dave risquaient des engelures au visage. La vraie vapeur de fumée du froid n’a rien à voir avec celle qu’on peut recréer artificiellement à l’écran. »

Kim Nguyen se félicite d’avoir mis à profit des talents locaux aux côtés des interprètes professionnels. « J’espère aussi que le film peut représenter un microcosme de l’état des lieux. »

Le producteur Roger Frappier (Max Films) expliquait avoir eu ce projet en gestation depuis dix ans. « Louis Grenier, le propriétaire de Kanuk, amateur du Grand Nord, avait écrit une vingtaine de pages. Une des histoires était celle de Lucy. » Les cinéastes Denis Villeneuve et Jean-Philippe Duval ont été associés un temps au projet d’adaptation, sans succès.

Après une première version de scénario dix ans plus tôt, Kim Nguyen a trouvé l’inspiration à l’aéroport d’Amsterdam, avec un ton à la frontière du surréalisme et du réalisme.

Iqaluit l’a inspiré par ses paradoxes, sa lumière, son architecture, ses dépotoirs et son atmosphère. La capitale du Nunavut, de 8000 habitants, est moderne et cosmopolite, avec une énorme piste d’atterrissage à l’aéroport.

L’ourse polaire Aggie, élevée en captivité par un entraîneur qu’elle adore, gelait plus que les acteurs et réclamait sa caravane entre les prises. « Elle a vingt ans de métier et elle est venue de Vancouver dans un camion remorque. Son personnage habite Roman. » L’ourse veille sur l’histoire comme une sorte de déité, et commenterait même parfois l’action par la bouche de l’interprète Gordon Pinsent.