Regards d’altérité à Vues d’Afrique

Une scène du film «Les frontières du ciel» de Fares Naanaa
Photo: Vues d’Afrique Une scène du film «Les frontières du ciel» de Fares Naanaa

C’est ce dimanche que démarre la 32e édition du festival Vues d’Afrique, avec une centaine de films en provenance de 33 pays et plusieurs activités, culinaires entre autres. Tout se déroulera à la Cinémathèque québécoise.

En ouverture, à travers un hommage à la Tunisie, sera projeté en provenance de ce pays du Maghreb Les frontières du ciel de Fares Naanaa, primé à Dubaï et à Oujda. On y suit un couple de professionnels en débandade après la mort d’un enfant, avec multiples retours en arrière.

Au départ assez convenu et appuyé, le film, ancré dans sa modernité tunisienne, prend du mieux en s’enfonçant dans son drame, alors que le personnage de Lofti Abdelli pénètre sa dérive d’homme au bord du gouffre. Anissa Daoud, une actrice charismatique, lui donne la réplique en femme plus forte qui s’éloigne du mari. Le jeu des acteurs est à géométrie variable, le scénario vacille parfois, mais le film devient touchant dans sa chronique de l’homme blessé qui va au bout sa peine. Une thématique très québécoise… Au Maghreb, cette rupture avec la culture machiste devient courageuse.

Coup de coeur pour le film Madame Courage de l’Algérien Merzak Allouache (cinéaste d’Omar Gatlato et de Salut cousin !). Son titre pourrait faire croire à l’apologie d’une femme forte, mais Madame Courage est le surnom de comprimés qui font planer les jeunes Algériens. Portrait tout en nuances d’Omar (remarquable Adlane Djemi), il suit un adolescent délinquant et rêveur, qui s’amourache d’une jeune fille après lui avoir dérobé son collier, mais sombre dans l’errance et la violence. Fort bien joué, réalisé avec une subtilité poignante, sur mise en lumière du foyer misérable du jeune garçon, Madame Courage est une incursion fort réussie dans une Algérie méconnue, tissée d’inégalités sociales.

Attendu, Un film avec toi de Jean-Daniel Lafond, auteur de plusieurs essais et documentaires. Celui-ci constitue un profil de sa compagne Michaëlle Jean à travers son parcours de gouverneure générale du Canada entre 2005 et 2010. Épitre d’amour, le film rappelle les moments clés et émouvants de cette carrière fort réussie de diplomate, mais devient vite une hagiographie, sans zones d’ombre ni moments de rupture. La manque de distance du cinéaste l’empêche de tracer un portrait à trois dimensions de cette femme d’engagement.

Parmi les moments forts de Vues d’Afrique : la projection jeudi de Salafistes, en présence de François Margolin, un des réalisateurs du très controversé documentaire sur des chefs djihadistes. Lundi soir, Vues d’Afrique braque ses projecteurs sur le phénomène Nollywood, si kitsch et vivant, avec ses vidéos populaires du Nigéria devenues grande industrie panafricaine. Par ailleurs, la cinéaste d’animation Martine Chartrand, célébrée à la soirée d’ouverture, aura droit à une rétrospective, en plus d’offrir un atelier de peinture sur verre.

À voir en vidéo