La mémoire dans la peau

«Criminal» met en vedette Kevin Costner dans le rôle de Pope, un psychopathe à qui un neurochirurgien brillant «greffe» la mémoire d’un agent secret mort au combat.
Photo: VVS Films «Criminal» met en vedette Kevin Costner dans le rôle de Pope, un psychopathe à qui un neurochirurgien brillant «greffe» la mémoire d’un agent secret mort au combat.

Vous vous souvenez de Charlie, le héros du roman Des fleurs pour Algernon ? Publiée en 1966 et considérée par les amateurs comme un classique de la science-fiction, cette histoire d’un simple d’esprit qui devient temporairement un génie à la suite d’une opération expérimentale est de celles que des générations d’adolescents découvrirent sur les bancs d’école. Adapté avec succès en 1968 (avec Cliff Robertson), voilà que le roman de Daniel Keyes, qui pose de fascinantes questions éthiques, mais aussi existentielles, sert d’inspiration à un… film d’action.

Criminal met en vedette Kevin Costner dans le rôle de Pope, un psychopathe à qui un neurochirurgien brillant, Franks (Tommy Lee Jones), « greffe » la mémoire d’un agent secret mort au combat. Cela, à l’initiative de Wells (Gary Oldman), le patron du défunt qui, juste avant de trépasser, était sur le point de stopper un mégalomane (Jordi Mollà) décidé à faire joujou avec des missiles.

Les seuls points que marque le film lui viennent de sa distribution. Car force est de l’admettre, rien ne tient la route dans le scénario de cette production visuellement léchée, mais incohérente sur le front narratif.

En vertu de quelle pensée stratégique, par exemple, risque-t-on de compromettre ces précieux souvenirs en les insérant dans le cerveau abîmé de Pope ? Pour quelle raison Wells est-il si prompt à commander l’exécution du cobaye qui a le malheur de ne pas se rappeler illico ? Comment se fait-il qu’un type dans la soixantaine affligé par intermittence de réminiscences paralysantes parvienne à éluder des agents beaucoup plus jeunes et beaucoup plus nombreux que lui ? Et pourquoi le méchant, si roublard tout du long, agit-il ultimement de manière si stupide ?

Succédané oubliable

La réalisation d’Ariel Vromen (le supérieur Le tueur à gage, 2013) n’est pas plus inspirée. Comme bien des ersatz des séries Bourne et Mission : Impossible, Criminal souffre de surdécoupage chronique, ses nombreuses scènes d’action devenant souvent illisibles. Diluée dans un salmigondis de plans hachés, la tension s’estompe puis disparaît.

À l’instar du film lui-même, qui, contrairement aux souvenirs de seconde main de Pope, sombre dans l’oubli sitôt fini.

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Criminal

★★

États-Unis, 2016, 113 minutes. Action d’Ariel Vromen. Avec Kevin Costner, Gary Oldman, Tommy Lee Jones, Michael Pitt, Ryan Reynolds.