«Les proies» refait par Sofia Coppola

L’affiche originale du film «Les proies», avec Clint Eastwood
Photo: Universal Pictures L’affiche originale du film «Les proies», avec Clint Eastwood

Les articles écrits pour décrier la manie hollywoodienne de produire des remakes à la chaîne ne se comptent plus. On achète les droits d’un succès étranger et on le refait en anglais avec des vedettes américaines. Ou encore, on jette un coup d’oeil dans le rétroviseur, on regarde ce qui a fonctionné jadis, et rebelote. Règle générale, les résultats sont peu concluants. Or, chaque règle a ses exceptions. Le prochain film de Sofia Coppola, qui vient d’annoncer son intention de réaliser un remake du film Les proies, pourrait être l’une d’elles.

Film de Don Siegel sorti en 1970, Les proies est tiré d’un roman de Thomas P. Cullinan. L’histoire se déroule à la fin de la Guerre de sécession et conte le supplice d’un soldat blessé après qu’il eut été recueilli dans un pensionnat de jeunes filles très strict. Clint Eastwood, qui y est tout sauf héroïque, en est la vedette.

Plusieurs aspects distinguent ce projet de remake précis. Tout d’abord, bien que Les proies soit à présent considéré comme l’un des meilleurs dans lesquels Eastwood ait joué, le film fut un flop à sa sortie, peinant à amasser un maigre million de dollars malgré la présence de la star. À titre indicatif, la collaboration suivante d’Eastwood et Siegel, Dirty Harry, rapporta 36 millions pour un budget de 4 millions. C’est dire qu’il n’est pas question ici d’essayer de reproduire une formule gagnante, habituellement la raison d’être d’un remake.

À y regarder de près, il ne fait aucun doute que c’est le récit lui-même, avec ses enjeux et ses personnages, qui intéresse Coppola. On pense à son premier film, Cri ultime, d’après un roman de Jeffrey Eugenides, une plongée au coeur du monde secret de cinq soeurs prisonnières du rigorisme religieux de leurs parents. Le thème de la piété excessive comme moteur de refoulement délétère, auquel la cinéaste n’a pas retouché depuis, est prédominant dans Les proies. Coppola retrouverait au surplus sa vedette de Cri ultime (et de Marie-Antoinette), Kirsten Dunst.

L’écran psychanalytique ?

Qu’il s’agisse de l’acteur vieillissant incarné par Bill Murray qui s’attendrit au contact d’une jeune Scarlett Johansson désemparée dans Traduction infidèle, ou encore d’une Elle Fanning adolescente qui réapprend à connaître son père comédien qui vit un passage à vide dans Quelque part, Sofia Coppola n’a pas son pareil pour opposer les points de vue d’un homme mûr en crise à celui d’une jeune fille pleine de promesses. Pulsions freudiennes inconscientes de la part de la fille de Francis Ford Coppola ?

Une chose est sûre, Les proies, avec son symbolisme exacerbé, regorge de notations psychanalytiques. Bref, s’il est évidemment trop tôt pour parler d’une possible oeuvre-somme, on peut, à tout le moins, d’ores et déjà espérer un autre beau cru. Car elle déçoit rarement, Sofia Coppola. Elle qui, contrairement à maints rejetons de cinéaste, a si brillamment su sortir de l’ombre de son célèbre père.

C’est pour le compte, là encore, un autre beau cas d’exception qui confirme la règle.