Un film qui surfe sur une tragédie

On va voir le film Janis et John comme on va déposer une couronne sur une tombe. De là à goûter vraiment le déplacement...

Marie Trintignant, assassinée par son ami de coeur l'été dernier, reprend vie l'espace d'un film dirigé par son ex-mari, Samuel Benchetrit, qui réalise ici son premier long métrage en cherchant à magnifier sa muse. Dans le dernier plan, la comédienne montre le ciel; une image qui rétrospectivement paraît prémonitoire. Mais on eût souhaité pour Marie Trintignant un meilleur chant du cygne, car Janis et John ne casse rien, pour ce qui est de la qualité. On se retrouve devant une comédie qui se révèle très mineure, en fait.

L'idée de départ est amusante pourtant. C'est l'histoire fofolle d'un agent d'assurances magouilleur (Sergi Lopez) et de sa douce épouse Brigitte (Marie Trintignant) englués dans une arnaque pour soutirer à un cousin doucement timbré une somme rondelette afin de rembourser un client lésé (Jean-Louis Trintignant). Ledit cousin (Christophe Lambert) demeure accroché à l'univers de Janis Joplin et de John Lennon, attend leur retour de l'au-delà. Reste à fabriquer deux clones de ses idoles pour lui soutirer le fric. Brigitte incarnera Janis et Walter (François Cluzet), un acteur au chômage, le Beatle ressuscité. Bien entendu, rien n'ira comme prévu et les deux stars du rock créeront autant de remous dans leurs nouvelles incarnations qu'à l'époque de leur gloire.

Sur cette trame originale, comment un scénario pouvait-il s'entortiller, revenir sur ses pas, s'essouffler de la sorte? Force est de le constater: Benchetrit a coécrit et dirigé son histoire d'une main bien molle, faute d'avoir beaucoup de métier sans doute. Il y a des bons moments pourtant. Quelques gags font mouche et le choc des univers entre le cousin hippy et l'agent d'assurances bien rangé produit au départ des étincelles. Cluzet en faux John Lennon est étonnant et défonce l'écran. Certaine scène au restaurant, alors qu'il se confond avec son modèle et dévoile le pot aux roses de l'arnaque devant des clients abasourdis, est aussi vivante que drôle. Cela dit, Marie Trintignant paraît fade dans l'ombre de la grande chanteuse et, malgré les efforts apportés pour renouveler son registre, elle n'habite pas très bien son personnage. Quant à Sergi Lopez, habituellement si juste, il surjoue à un point qui irrite. Jean-Louis Trintignant a l'air d'un fantôme et Christophe Lambert, d'une marionnette. De plus, l'intrigue se déglingue sans se renouveler tout en égarant ses punchs à mi-parcours.

Janis et John est un film qui surfe aujourd'hui sur une tragédie. Sans l'assassinat de l'interprète féminine, sa carrière internationale aurait sans doute connu une vie très courte, mais le pire est arrivé et cette comédie en réveille malgré elle toute l'horreur.