cache information close 

Les meilleurs copains

Les stars latines Javier Cámara et Ricardo Darín forment un tandem rêvé dans «Truman».
Photo: AZ Films Les stars latines Javier Cámara et Ricardo Darín forment un tandem rêvé dans «Truman».

Depuis une vingtaine d’années, Ricardo Darín est l’acteur le plus connu d’Argentine. Des films comme les thrillers L’aura et Dans ses yeux ont contribué à en faire une vedette internationale. L’Espagnol Javier Cámara, pour sa part, fut révélé au monde grâce à sa prestation inoubliable dans Parle avec elle, de Pedro Almodóvar. Depuis, il multiplie les succès. Sous l’impulsion du cinéaste Cesc Gay, voilà Darín et Cámara partenaires de jeu dans Truman, une comédie dramatique qui, bien que lumineuse, n’en traite pas moins d’un sujet grave.

Javier Cámara incarne Tomas, un Espagnol quadragénaire immigré au Canada avec sa conjointe et qui, dès les premières minutes du film, s’apprête à s’envoler pour un long week-end à Madrid. Là-bas, il retrouvera son ami de toujours Julian. Ce que ce dernier ignore encore. En effet, Tomas compte faire la surprise à Julian.

Or, il appert au gré des développements du scénario que les « surprises » sont davantage l’apanage de Julian.

En réalité, si Tomas a entrepris ce court voyage, c’est à la demande expresse de Paula, la soeur de Julian. Julian qui, atteint d’un cancer, vient de refuser de subir une deuxième ronde de traitements de chimiothérapie. Avec l’issue inéluctable qu’une telle décision implique…

Acteur narcissique, perpétuellement fauché mais irrésistible néanmoins, Julian est aussi très têtu, et il n’a nulle intention de se raviser. Ce dont Tomas prend rapidement acte. Si bien que d’emblée ou presque, les retrouvailles se meuvent en une dernière virée entre amis jadis inséparables.

Finement observé et ne cherchant jamais à presser les glandes lacrymales, le scénario plonge avec Tomas dans le quotidien de Julian qui, à l’affiche au théâtre, tente de cacher la gravité de son état le plus longtemps possible. Paradoxalement, il éprouve du ressentiment quant au malaise que sa maladie suscite chez ses accointances, dont plusieurs feignent de ne pas le voir faute de savoir comment réagir. Préoccupation plus pressante : son fils parti étudié à Amsterdam, et à qui il n’a pas même pas encore annoncé qu’il souffrait d’un cancer.

Drôles d’émotions

En parallèle, Julian cherche une famille adoptive pour son fidèle chien Truman, d’où le titre, démarches qui donnent lieu à des « entrevues » volontiers loufoques.

À ce propos, le film impressionne avec son dosage sensible de drame et d’humour, le rire et les larmes se manifestant d’ailleurs souvent au cours de la même scène. Certes, cela paraîtra peut-être relever du cliché, mais c’est réellement ce qui se produit durant la projection de Truman.

Et il y a évidemment ce tandem rêvé. Complices, Javier Cámara et Ricardo Darín convainquent d’office en vieux potes qui non seulement n’ont plus aucun secret l’un pour l’autre, mais sont au demeurant les seuls à pouvoir se dire « les vraies affaires » l’un à l’autre.

Effacé mais plein de contradictions larvées et d’humanité, le premier se fait le témoin de l’action, et c’est avec aisance que le spectateur épouse son point de vue tout du long. Imparti de la partition plus colorée de l’acteur mourant, le second opte pour la retenue et la nuance là où d’aucuns auraient cédé au cabotinage.

Au final, Truman n’a pas peur de faire face à la mort, et ce, pour mieux célébrer la vie et l’un de ses plus beaux cadeaux : l’amitié.

Truman (V.O. espagnole avec s.-t.f.)

★★★ 1/2

Comédie dramatique de Cesc Gay. Avec Ricardo Darín, Javier Cámara, Dolores Fonzi, Eduard Fernández. Espagne-Argentine, 2015, 108 minutes.