Vrombissements et chuchotements

Le film nous fait entrer dans une discipline méconnue, et dans la vie de deux familles de Bellechasse en traversée d’épreuves.
Photo: EyeSteelFilm Le film nous fait entrer dans une discipline méconnue, et dans la vie de deux familles de Bellechasse en traversée d’épreuves.

On n’a pas souvent des nouvelles d’Armagh dans Bellechasse, là où le sport de prédilection est le derby de démolition. Patrick Damien en est originaire et sur dix ans, fou de son sujet et ami de ses personnages, puisqu’ils ont presque l’air sortis d’un film de fiction, le voici qui nous fait aimer ces combats de gladiateurs automobiles mêlés à des jeux de cascadeurs et à des combats de chevaliers en armures. Ce sport a pris naissance dans l’univers des jeux vidéo avant de se propager en Amérique du Nord.

Avec La démolition familiale, doublement primé au Festival de cinéma de la ville de Québec, coiffé du prix Pierre-et-Yolande-Perrault du meilleur long métrage documentaire aux derniers Rendez-vous du cinéma québécois, on entre à la fois dans une discipline méconnue et dans la vie de deux familles de Bellechasse en traversée d’épreuves.

Le fait que ces univers nous soient à ce point étrangers constitue la première surprise. On connaît parfois mal la vie en région. Et « la démolle » est une poignée pour en ouvrir la porte, les écouter parler des deuils, des rapports hommes-femmes, parents-enfants, des départs de jeunes pour la ville, des campagnes entre deux vocations, de l’amitié.

Le sport ne consiste pas seulement à jouer aux autos tamponneuses à grande vitesse. À travers des rituels et des stratégies, de vieux bazous sont préparés pour les combats en étant vidés de l’essentiel de leurs entrailles pour devenir des boîtes de taule légères qui se démantibulent sous les impacts successifs. Ces tournois sont très impressionnants, à la finale courue de Saint-Raphaël, d’où sortira un grand vainqueur.

Le pouls de cette région bat au rythme de ces joutes, dans l’entraide, la transmission et l’émulation.

Deux générations d’adeptes du derby de démolition sont en vedette. David Godbout et son ami Marco Roy (ce dernier vite disparu d’une attaque cardiaque, à la présence fantomatique). Marika et son cousin Christopher, qui reprennent le flambeau sur les traces paternelles.

Et c’est touchant, d’autant plus naturel que les protagonistes oublient visiblement la caméra. On s’attache surtout à David Godbout, champion sportif, homme de peu de mots mais de coeur, qui s’analyse, essaie de devenir un vrai père pour sa fille, dont les images d’archives viennent montrer la fougueuse jeunesse, ami du cinéaste.

Son neveu Christopher, qui dut remplacer son défunt père auprès de sa mère longtemps inconsolable, possède une sensibilité écorchée mais une volonté de fer. Marika refuse le rôle de fille délicate et fait des tournois en cherchant à la fois les dépassements et des liens plus étroits avec David, son père.

Tout ce beau monde se fréquente, se confie. Les mères, la grand-mère s’en mêlent et c’est comme si la communauté d’Armagh trouvait soudain l’occasion de s’exprimer dans une langue qui se cherche, avec un rythme qui parfois s’étiole mais une tendresse cachée sous les vrombissements des bagnoles et les courages du quotidien.

La démolition familiale

★★★ 1/2

Documentaire de Patrick Damien. Image : Samuel Pinel-Roy. Musique : Sébastien « Watty » Langlois. Montage : Catherine Legault. Québec, 2016, 93 minutes.