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Des clowns au paradis fiscal

Stéphane Crête incarne à lui seul une trentaine de rôles.
Photo: Coop Vidéo Stéphane Crête incarne à lui seul une trentaine de rôles.

En une étonnante structure circulaire et une distribution multiple assurée par un interprète unique, Stéphane Crête, Un paradis pour tous, 14e long métrage de Robert Morin, est dans la lignée thématique de son film sur un requin de la finance, Papa à la chasse aux lagopèdes (2008), mais aussi de son Portrait d’un coopérant, où les bons sentiments se voyaient retournés comme une crêpe.

Comédie caricaturale perchée sur une série de personnages clichés, volontairement de mauvais goût, Un paradis pour tous, à microbudget, entend démontrer par l’absurde en trois chapitres le b.a.-ba de l’évasion fiscale.

Le personnage central, Buster Simard, le seul joué au premier degré, expert-comptable pour le fisc, après avoir perdu son poste pour avoir dénoncé un fraudeur de haut niveau, décide de diffuser trucs et astuces aux fins de contournement d’impôt.

Entre Montréal, Genève, Calgary et les îles Caïman, le héros se transforme en ceux qu’il traque, alors que des individus plus ou moins retors lui montrent une voie à suivre qui n’est carrossable que par les riches.

Stéphane Crête en vedette

Le pari du film repose sur les épaules de Stéphane Crête, lequel incarne une trentaine de rôles avec un évident plaisir. L’acteur caméléon s’en tire avec les honneurs de la guerre, sans avoir été dirigé du côté de la subtilité, à travers une série de saynètes bouffonnes. Aux costumes, aux maquillages, l’équipe s’en est donné à coeur joie. La caméra de Morin entre champs et contrechamps n’innove guère de son côté.

Un paradis pour tous affiche un côté pochade, avec effets visuels à trois sous et parti pris pour la vulgarité des figures secondaires sur laideur des décors ; procédé qui finit par déranger, comme dans les derniers Elvis Gratton : Miracle à Memphis et La vengeance d’Elvis Wong. Une scène de sexe à trois, dans le bureau d’un patron, particulièrement hideuse, provoque un malaise.

Et même si la proposition du cinéaste de Requiem pour un beau sans-coeur consiste à montrer la bassesse de l’évasion fiscale en tendant au thème le miroir de sa turpitude, reste que Papa à la chasse aux lagopèdes, sur un sujet similaire, s’offrait des réparties plus fortes et un traitement mieux ficelé dont on s’ennuie. Des revirements ultimes offrent des pistes complexes, sans se voir développés.

La poésie surréaliste du Nèg’, de 3 histoires d’Indiens, de Quiconque meurt, meurt à douleur, etc. manque à l’appel, comme la crudité de Petit Pow ! Pow ! Noël. On est plutôt dans la farce de dénonciation avec clowns à godasses, trop lourde, trop épicée pour faire digérer son message.

Un paradis pour tous

★★ 1/2

Comédie de Robert Morin (réalisation, scénario et image). Avec Stéphane Crête. Montage : Philémon Crête. Musique : Maxime Reed-Vermette, Mariko Lavallée-Durand, Mingo l’Indien. Québec, 2016, 75 minutes.