Un «Of the North» sans images et sans son

Dans sa forme originale, le film «Of the North» regroupait 74 minutes de vidéos « sur le Nord » repiquées sur YouTube par Dominic Gagnon.
Photo: Ian-John Alikasua Dans sa forme originale, le film «Of the North» regroupait 74 minutes de vidéos « sur le Nord » repiquées sur YouTube par Dominic Gagnon.

Le controversé film Of the North, de Dominic Gagnon, n’est plus que 74 minutes de noir et de silence. Le réalisateur a en effet décidé d’éliminer l’ensemble des vidéos qui étaient contenues dans le film après avoir reçu de trop nombreuses demandes de retrait de la part de ceux qui les avaient tournées.

« Tout le monde n’a pas demandé de retirer ces images. Mais il y a plusieurs clips qui ont dû être retirés. Rendu là, Dominic Gagnon a décidé de faire une version sans images et sans son, parce qu’avec ce que ça donnait, ça ne pouvait plus fonctionner », a dit Julie Tremble, directrice du Vidéographe, qui distribuait le film de Gagnon.

Dans sa forme originale, le film Of the North regroupait 74 minutes de vidéos « sur le Nord » repiquées sur YouTube par Dominic Gagnon. Le mois dernier, le film avait été retiré de la programmation des Rendez-vous du cinéma québécois parce que le directeur de l’événement, Dominique Dugas, n’avait pas réussi à réunir des gens pour pouvoir en encadrer la projection.

Plusieurs scènes repiquées par Dominic Gagnon montraient des Inuits en état d’ébriété ou vomissant, ainsi que des scènes à connotation sexuelle.

Le tout avait provoqué l’ire de différents membres de la communauté inuite, dont la chanteuse de gorge Tanya Tagaq, qui avait immédiatement demandé que l’on retire ses chants de la bande sonore du film.

Dominique Gagnon était pour sa part convaincu d’être légalement dans son droit en utilisant ce matériel qui avait été posté sur YouTube. Il s’était cependant engagé à le retirer si les personnes qui l’avaient tourné en faisaient la demande.

La directrice du Vidéographe, Julie Tremble, a dit être « désolée » des blessures que le film de Dominique Gagnon a pu causer.

Le Vidéographe est un centre d’artistes autogéré qui conserve et distribue des films de producteurs indépendants. Les artistes gardent le plein contrôle sur les oeuvres qu’il diffuse et peuvent décider de faire affaire avec un autre distributeur s’ils le veulent ou de diffuser eux-mêmes leurs films.

La version « noire » de Of the North sera conservée au Vidéographe, suivant la volonté de Dominic Gagnon.

Julie Tremble estime qu’il ne s’agit pas d’un cas de censure, puisque les clips ont été retirés du film à la demande de ceux qui les avaient tournés.

Stephen Puskas, journaliste inuit qui travaille à un projet sur la communauté inuite de Montréal pour l’Université Concordia, est satisfait du fait que le film Of the North n’existe plus dans sa forme originale.

« C’est une bonne chose parce que les propriétaires des vidéos n’avaient jamais donné leur accord pour que leurs vidéos soient utilisées dans ce film », dit-il.

Stephen Puskas a personnellement trouvé le film « horrible ». « Cela renforçait tous les stéréotypes envers les Inuits ». Il croit cependant que le film aurait pu être présenté à des fins éducatives, accompagné d’une discussion avec des intervenants pertinents, si les personnes ayant produit les vidéos, les images et la musique, avaient donné la permission de les utiliser.