Documentaires - Gens d'ici et d'ailleurs

Quatre films pour décrire ce que le documentaire est devenu. En attente d'une remise de prix lors de la Soirée des Jutra.

Rien n'est plus emblématique de la tradition cinématographique québécoise que le documentaire. Il est à ce point intimement lié au développement de l'identité nationale et au mouvement de prise de conscience qui fit s'incarner la Révolution tranquille qu'on ne peut le reléguer au rang de simple icone folklorique. Certes, il fait partie de notre patrimoine mais il est encore bien vivant et après une période de tergiversations durant les années 1980 (mais quel domaine n'a pas connu un ralentissement à cette époque?), il est revenu en force au début des années 1990. Au sacro-saint cinéma vérité qui a fait la réputation du cinéma québécois s'est substitué un documentaire plus scénarisé, mêlant images du réel et mises en scène, tâtant de la «fictionnalisation» au profit d'une relative dramatisation qui vise souvent moins la vérité que la vraisemblance.

Bon an mal an, il se réalise quelques dizaines de docus au Québec et la cuvée 2003 ne fait pas exception. Trente-cinq films ont été retenus pour la grande fête du cinéma québécois; de ce nombre, quatre peuvent prétendre au titre de meilleur documentaire: The Fifth Province de Donald McWilliams (ONF), À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque (Virage), Roger Toupin, épicier variété de Benoît Pilon (Cinéma libre) et L'immortalité en fin de compte de Pascale Ferland (Cinéma libre).

Tour d'horizon

The Fifth Province de Donald McWilliams évoque avec lyrisme les affres de l'errance apatride à travers diverses expériences. L'arrachement aux racines historiques ferait naître en soi la «cinquième province», un espace, une porte tournante intérieure ouverte aux autres et qui est essentielle à l'interdépendance de l'expérience humaine dans le respect de l'altérité. Amalgamant reconstitutions, scènes originales, images d'archives, films amateurs, grattage de pellicule, abstraction et animation, The Fifth Province est un plaisir visuel autant qu'une expérience humaine. Beau et lent.

Dans un tout autre registre, À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque se veut une incursion au coeur de la dernière campagne électorale du premier ministre Bernard Landry. Les rapports entre le politique et la presse y sont dépeints parallèlement à la lente descente vers la défaite du chef du PQ. Un document éclairant qui expose en partie les rouages de la machine électorale. Mais on se demande encore ce qui, dans le comportement des journalistes, a bien pu susciter un tel tollé d'indignation lors de la sortie de ce film...

Dans un registre nostalgique, Roger Toupin, épicier variété de Benoît Pilon et L'immortalité en fin de compte de Pascale Ferland proposent deux visions de modes de vie qui disparaissent lentement mais sûrement. Le premier film dépeint le quotidien simple d'un vieil épicier de quartier au coeur du Plateau-Mont-Royal, dernier vestige du Plateau d'avant la venue des baby-boomers. Le film a ce ton de nostalgie ordinaire qui plaît; mais la caméra et le propos frôlent parfois la condescendance propre à ceux qui n'ont pas connu une époque et la regardent à distance, un léger sourire au coin des lèvres. Dans un registre similaire, L'immortalité en fin de compte dépeint l'univers de gens âgés ordinaires qui pratiquent un art teinté de naïveté. Il y a un je-ne-sais-quoi de folklorique dans ce film qui ne parvient jamais à transcender l'anecdotique pour toucher l'universel avec cette qualité quasi mythique que Perreault savait procurer à ses pêcheurs de marsouins. Malgré nos réserves, gageons que Pilon repartira avec la statuette!

The Fifth Province de Donald McWilliams au Cinéma de l'ONF le 17 février à 21h et, en reprise,

le 22 à 15h.

À hauteur d'homme de Jean-Claude Labrecque au Cinéma de l'ONF le 15 février à 14h39 et, en reprise, le 22 à 17h à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise.

Roger Toupin, épicier variété de Benoît Pilon à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise le 14 février à 16h30 et, en reprise, le 17 à 19h au Cinéma Beaubien.

L'immortalité en fin de compte de Pascale Ferland au Cinéma de l'ONF le 13 février à 19h et, en reprise, le 19 à 21h20 à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque québécoise.