Rendez-vous du cinéma québécois - Ça festoie du 12 au 22 février

Les 22e Rendez-vous du cinéma québécois ne projetteront pas sur écran toute la production cinématographique québécoise de la dernière année. Loin s'en faut: ainsi seulement 36 des 114 documentaires produits en 2003 seront mis à l'affiche. Pourtant, le succès de l'événement est assuré: «Vingt-quatre heures après l'annonce de la conférence de presse des Rendez-vous, on avait déjà 230 confirmations de journalistes.»

Les Rendez-vous du cinéma québécois sont la mémoire annuelle de notre septième art, la réflexion de ses bons et de ses mauvais coups. «Miroir, petit miroir, dis moi...» Ça fait 22 ans qu'ils roulent, mais cette fois, l'image reflétée paraît plus souriante que d'habitude. Autant l'apprécier. Ça ne passe pas si souvent.

L'année qui s'écoule a sonné l'heure de la grande réconciliation du public avec son septième art. Les Invasions barbares montent à l'assaut des grands prix internationaux. Le film d'Arcand et La Grande Séduction de Jean-François Pouliot se sont exportés. Qualité et succès ont fait un peu la paire. Même le documentaire a trouvé son public. «Les gens ont vu et apprécié À hauteur d'homme. Ils ont aimé Roger Toupin, épicier variété», rappelle la directrice des Rendez-vous, Ségolène Roederer. Lune de miel, donc.

Denis Chouinard, le président des Rendez-vous, sent déjà que ce 22e événement ne sera pas comme les autres: «Vingt-quatre heures après l'annonce de la conférence de presse des Rendez-vous, on avait déjà 230 confirmations de journalistes», explique-t-il.

Place aux réalisateurs

Denis Chouinard et Ségolène Roederer vous diront que le milieu a envie de festoyer, que les troupes sont galvanisées. «Les gens veulent revoir les films et ceux qui les ont faits sont contents de venir leur présenter», affirme la directrice. Édouard Lock accompagnera son film Amélia avec le directeur photo André Turpin. Il y aura beaucoup de va-et-vient, d'échanges.

Les chauds débats de l'année, les controverses sont aussi au menu: ainsi, mardi le 17 février, un 5 à 7 fera le point sur les Cinéastes en colère qui protestaient au Devoir en décembre dernier contre les politiques d'aide à la performance de Téléfilm Canada et continuent d'appeler à la vigilance. «On va profiter de cette tribune pour faire le point sur la question. Quelle est la place des réalisateurs dans la chaîne de production?», demande Denis Chouinard, qui fut un des cinéastes à l'origine de la lettre collective du 16 décembre.

Les Rendez-vous deviennent de plus en plus un lieu de rassemblement. L'an dernier, leur fréquentation a atteint 20 000 présences, tous événements confondus, une augmentation de 150 % en deux ans, liée à la diversification du programme. Les films classiques québécois attirent notamment beaucoup de monde. Cette année, Les Bons Débarras, Sonatine et Léolo sont projetés, mais aussi l'ineffable Petite Aurore, l'enfant martyre, en présence de la comédienne principale.

Nouvelle vocation

Mine de rien, ces Rendez-vous ont changé de vocation au fil des ans et cherchent à se repositionner encore pour l'avenir, sans trop savoir encore de quoi les cuvées prochaines seront faites. Longtemps, ils servaient en vrac de présentoir à toute la production annuelle, histoire de permettre au milieu un retour en arrière, en réfléchissant sur le cru. Mais il se tourne de plus en plus de films et de vidéos, à la faveur des nouvelles technologies. Leur nombre a triplé depuis trois ans.

«Le contexte n'est plus le même, précise Ségolène Roederer. «Des films québécois sortent presque chaque semaine.»

Depuis quelques années, les courts et moyens métrages, les vidéos, les documentaires faisaient l'objet d'un tri aux Rendez-vous. On ne présentait plus dans ces sections l'ensemble de la production. Cela dit, c'est la première fois qu'une sélection est effectuée parmi les longs métrages. Les cinéastes aux oeuvres rejetées sont évidemment malheureux et plus nombreux à l'être encore dans le champ des documentaristes. Sur 114 documentaires, 36 seulement furent retenus cette année. L'étau se resserre et l'événement ressemble de plus en plus à un festival qui fait et présente sa sélection.

Primeurs

Bien sûr, il y aura quelques primeurs: à l'ouverture d'abord, Dans l'oeil du chat de Rudy Barichello, un film grand public. En programme double avec lui, le très beau court métrage Accordéon de Michèle Cournoyer à qui on devait déjà Le Chapeau. La Beauté du geste de Jeanne Crépeau, documentaire hommage à la Cinémathèque, clôturera le bal.

Mais la question des primeurs demeure toujours un peu problématique. Ce sont surtout elles qui attirent les journalistes et les membres de l'industrie. «On veut convaincre les distributeurs que les Rendez-vous sont la meilleure rampe de lancement pour les films québécois», déclare Denis Chouinard.

Pour l'heure, les primeurs, on les retrouve surtout dans le champ du film expérimental, du court et moyen métrages, de la vidéo. Ainsi Mammouth de Stefan Miljevic et Bager de Tomi Grgicevic, courts métrages en nomination aux Jutra, sont lancés aux Rendez-vous en primeur. De même, des documentaires attendus,

tel Le grand dérangement de Saint-Paulin Dalibaire de Jean-Claude Labrecque.

Du maître au fantastique

Pour cette 22e édition, les Rendez-vous donneront entre autres l'occasion d'assister à l'atelier de maître de Jean-Claude Labrecque qui vient de vivre une année faste grâce à l'impact d'À hauteur d'homme. Il sera en compagnie de son fils Jérôme, également réalisateur,. Les Kino sont au poste aussi, bien sûr, avec leurs meilleurs films.

Au chapitre des soirées chaudes à surveiller: le lancement du DVD de Pierre Falardeau et Julien Poulin présentant leurs oeuvres en duo, qui recouvrent la période des années 1970 et 1980, Pea Soup et compagnie. Falardeau viendra rencontrer le public, offrir une performance, réciter Speak White, entre autres.

L'hommage au défunt cinéaste Jean Chabot promet d'être un moment fort du cru. Deux films de lui seront projetés: Voyage en Amérique avec un cheval emprunté et Notre-Dame-des-chevaux dans sa version originale. La romancière Nancy Huston, le producteur Roger Frappier et le scénariste réalisateur Michel Langlois viendront parler de l'homme et de son oeuvre d'appartenance.

Il y aura aussi la soirée «Spasm» du vendredi 13, abordant l'émergence du cinéma de genre québécois, avec des oeuvres de jeunes réalisateurs: fantastiques, psychotroniques. À noter également, l'intercollégial du cinéma étudiant ainsi qu'une fenêtre ouverte au cinéma belge. Sans compter le reste. «On devient le pont entre le public et les professionnels», conclut leur président en donnant à tout le monde rendez-vous aux

Rendez-vous.