Art et expérimentation - Le film d'art au confluent des genres

Diversité, pourrait-on dire. Expérience aussi: un Pierre Hébert ne fut-il pas un des premiers à explorer un travail confrontant cinéma et art numérique, et cela il y a plus de 30 ans? Ajoutons-lui un Pelletier, un Boudreau, un Lock même et un Rollo, et il est dit que la confrontation est vive quand l'art et l'expérimentation sont au rendez-vous.

Encore une fois cette année, le Prix de la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) sera remis au meilleur film d'art et expérimentation dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois. Dans cette catégorie qui relève tout à la fois des arts visuels, de la danse, du théâtre et de l'art cinématographique, les artistes dans la course sont: Marik Boudreau, Pierre Hébert, Édouard Lock, Alain Pelletier, Michael Rollo. Le jury, constitué de la vidéaste multimédia Pascale Malaterre, de la réalisatrice Marielle Nitoslawska et du producteur Michel Ouellette, n'aura pas la tâche facile, ces films s'avérant très différents tant par leur sujet que par leur facture.

D'abord La Maison des rêves de la photographe Marik Boudreau propose une série d'allers-retours entre les paysages urbain et rural (Montréal et l'étang Sugar Loaf dans les Cantons-de-l'Est) à partir de photographies et de courts films numériques. On connaît le travail de Boudreau, notamment à titre de collaboratrice de Martha Fleming et Lyne Lapointe, mais aussi ses recherches personnelles sur le paysage, la géologie et l'urbanité qui ont fait d'elle une figure de proue de cette tangente de l'art actuel qui explore les questions identitaires et territoriales.

À bras le corps

Cinéaste et artiste multidisciplinaire à la feuille de route déjà bien garnie — on l'associe d'emblée au programme français d'animation de l'ONF où il fut réalisateur pendant plus de 30 ans —, Pierre Hébert a réalisé, en collaboration avec le compositeur et musicien Bob Ostertag, Entre la science et les ordures, un film qui commente, par le biais de la musique autant que des images, le rôle des détritus dans notre civilisation, ainsi que les rapports corps/machine. Véritable méditation politique, ce film s'inscrit dans le prolongement d'un spectacle multimédia qui a amorcé au lendemain du 11 septembre une vaste tournée mondiale.

Le danseur et chorégraphe Édouard Lock offre une version cinématographique de son ballet Amélia. Caméra et danseurs s'unissent en une véritable osmose symbiotique à travers une chorégraphie surprenante qui risque de modifier notre perception de la danse contemporaine presque aussi radicalement que La La La Human Steps avait chamboulé le paysage de la danse québécoise lors de sa venue. Lock donne ici une vision renouvelée d'Amélia, une version épurée et minimaliste d'une beauté à couper le souffle, qui fait la démonstration d'une véritable obsession à explorer les limites de son art à travers une approche originale de la technique des pointes, des séquences archicomplexes de pas de deux, de même que des enchaînements exécutés à une vitesse vertigineuse. La facture cinématographique demeure sobre et plutôt traditionnelle, certes, mais l'oeuvre chorégraphique est magistrale!

Tour de monde

World Trade Opera d'Alain Pelletier, long film-travelling, illustre l'état du monde à travers commentaires et images en forte opposition. Quant à Still/Move de Michael Rollo, il évoque le déclin d'une petite communauté sise au coeur des Prairies canadiennes qui a vu le jour lors du développement du chemin de fer (notre version de la conquête du «Far West») au siècle dernier et qui disparaît lentement avec le déclin de celui-ci. À travers un album de famille colligeant photos, cartes postales et lettres anciennes, Rollo incite le spectateur à une réflexion sur les valeurs de notre société dont l'incessant besoin changement semble être devenu une sorte de moteur qui tourne à vide.

La Maison des rêves au Cinéma de l'ONF le 15 février à 19h.

Entre la science et les ordures au Cinéma de l'ONF le 20 février à 21h.

World Trade Opera à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque le 14 février à 21h.

still/Move au Cinéma de l'ONF le 15 février à 19h.

Ces quatre films seront en reprise le 22, à 15h20, à la salle Fernand-Séguin de la Cinémathèque.

Amélia à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque le 18 février à 19h et, en reprise, le 19, à 19h, au Cinéma Beaubien.