La chute de l’ange

Stephen Frears offre un portrait sans merci du cycliste Lance Armstrong.
Photo: Frederick M. Brown GETTY IMAGES NORTH AMERICA AFP Stephen Frears offre un portrait sans merci du cycliste Lance Armstrong.

Adaptation de «Sept péchés capitaux, à la poursuite de Lance Armstrong» du journaliste irlandais David Walsh, «Le programme», de Stephen Frears, raconte l’ascension spectaculaire et la chute vertigineuse de celui qui remporta sept fois le Tour de France.

Le cinéaste anglais Stephen Frears (Les liaisons dangereuses, The Queen) méprise les journalistes et ne s’en cache pas. Toutefois, quand il flaire la bonne histoire, il laisse ses préjugés défavorables au vestiaire. Ainsi, coup sur coup, a-t-il adapté au grand écran deux scénarios s’inspirant d’enquêtes journalistiques, Philomena, touchant récit d’une dame partant à la recherche de son fils, et Le programme, où il déboulonne sans merci le champion cycliste Lance Armstrong (Ben Foster). Bien qu’il s’apprête à lancer le «biopic» Florence Foster Jenkins, dans lequel Meryl Streep incarne la pire chanteuse d’opéra de l’histoire, Frears se défend de préférer les cas vécus aux récits de fiction, comme ses récentes oeuvres semblent l’attester.

« Je pensais que c’était une histoire très dure et, ce qui m’intéressait, c’était sa dimension criminelle », confie-t-il au téléphone. « Cette histoire-là est si incroyable que, si cela avait été une fiction, personne n’aurait embarqué. Au-delà du cyclisme et de la compétition, ce qui me fascinait, c’est que pendant des années, cet homme a menti sans se faire prendre. Il était au sommet et intimidait tout le monde, or aujourd’hui, on raconte que, lorsqu’on le regarde, il baisse les yeux. Sa chute vertigineuse me paraissait bien plus intéressante que ses exploits sportifs. »

Campé au début des années 1990, Le programme commence avec la rencontre entre David Walsh (Chris O’Dowd) du Sunday Times et le jeune cycliste. Impressionné par l’aplomb et la détermination de l’Américain, le journaliste irlandais sera cependant le premier à douter de son intégrité lorsque Armstrong reviendra en force, après avoir souffert d’un cancer des testicules, et gagnera sept années consécutives le Tour de France. Avec la complicité du médecin Michele Ferrari (Guillaume Canet), l’entraîneur du US Postal Johan Bruyneel (Denis Ménochet) et ses coéquipiers, le cycliste aura fait usage de nombreuses drogues de performance.

Tandis que Walsh mènera son enquête, au risque de perdre toute sa crédibilité, Armstrong fera ce qui est en son pouvoir pour que le programme de dopage ne soit pas révélé au grand jour : « Ce que l’on voit dans le film, c’est ce que les gens l’ayant connu ont raconté. Armstrong était un bully. Oui, il a lutté dignement contre le cancer et il a créé sa propre fondation, Livestrong, afin d’aider les gens souffrant d’un cancer, mais en dehors de cela, c’était un bully qui intimidait les gens se dressant contre lui. »

D’une esthétique clinique, Le programme offre un portrait sans merci de Lance Armstrong. À l’exception de quelques rares scènes où surgit furtivement une part d’humanité, le champion déchu apparaît comme un froid calculateur, un monstre d’ambition et un pervers narcissique. Alors que la reine d’Angleterre était humanisée dans The Queen, le Lance Armstrong décrit par le scénariste John Hodge (Trainspotting, Trance) et Stephen Frears pourrait passer pour un cousin éloigné de la marquise de Merteuil ou du vicomte de Valmont. À l’instar des Liaisons dangereuses, certains gros plans silencieux du personnage central donnent littéralement froid dans le dos. On ne saurait toutefois dire que l’auteur et le réalisateur ont forcé la note quant à la dimension psychologique du protagoniste.

« Si les gros plans provoquent cet effet, c’est tout simplement que j’ai engagé un acteur puissant pour incarner Lance Armstrong et que les situations sont hors du commun. Je ne voulais pas du tout explorer sa psyché ni tenter d’expliquer pourquoi il avait agi ainsi, je n’ai fait que raconter les faits. J’aurais trouvé cela présomptueux de ma part de faire autrement et de lui faire son procès. »

Le programme est présentement à l’affiche.

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