La petite reine déchue

Melissa Rauch dans «The Bronze»
Photo: Métropole films Melissa Rauch dans «The Bronze»

Douze ans après avoir raflé une médaille de bronze aux Jeux olympiques, une ex-gymnaste au comportement d’enfant gâtée (Melissa Rauch, détestable à souhait) est contrainte d’entraîner une jeune fille de sa localité (Haley Lu Richardson) pour les JO de Toronto. Ne désirant pas perdre son statut de star d’Amherst, Ohio, la petite peste au langage ordurier fera tout pour bousiller l’avenir de celle qui possède le talent de remporter l’or.

Premier long métrage de Bryan Buckley, surnommé le roi du Super Bowl par le New York Times, cette petite comédie indépendante lancée à Sundance offre une image grinçante de l’esprit sportif et de la célébrité instantanée. Campé dans un univers « white trash », sur lequel les scénaristes Winston et Melissa Rauch jettent un regard cruel et condescendant, The Bronze se moque allègrement des parents aux ambitions démesurées et des enfants programmés pour devenir champions. Bref, un tableau peu flatteur d’une Amérique assoiffée de gloire et obnubilée par la popularité.

Émaillé de répliques joyeusement vulgaires, The Bronze repose sur une suite de scènes d’un comique inégal lui donnant trop souvent l’apparence d’une sitcom. Certes, on rit des traitements que l’anti-héroïne inflige à sa rivale trop naïve et aux autres personnages unidimensionnels, tels ce père bienveillant (Gary Cole) et ce prétendant maladroit (Thomas Middleditch), mais le tout tourne bientôt à vide. À plusieurs endroits, le tout menace de sombrer dans la comédie de rédemption consensuelle.

Heureusement, le rythme demeure tonique et, au bout du compte, on nous réserve une finale pas du tout rose bonbon, en phase avec l’esprit corrosif du film. En prime, Buckley signe une scène à caractère sexuel hilarante, laquelle fera certainement regretter à plusieurs de n’avoir jamais pratiqué la gymnastique.

Surtout connue pour son rôle de Bernadette dans The Big Bang Theory, Melissa Rauch mord dans chacune des répliques corsées avec un aplomb réjouissant, sans toutefois écraser ses partenaires qui s’acquittent de leur tâche avec générosité. Évoquant à la fois l’attachante gymnaste Marylou Retton, la détestable patineuse Tonya Harding et l’immonde Nellie Oleson de La petite maison dans la prairie, son personnage vaut à lui seul le prix du billet.

The Bronze

★★ 1/2

Comédie dramatique de Bryan Buckley. Avec Melissa Rauch, Gary Cole, Haley Lu Richardson, Thomas Middleditch, Sebastian Stan et Cecily Strong. États-Unis, 2016, 108 minutes.