Un mythe au sujet d’un autre

Une vue aérienne d’une grande ville, la nuit. En voix hors champ, un homme relate y être né et avoir connu l’âge d’or d’un genre cinématographique intimement lié à ce lieu. Il s’agit en l’occurrence de l’écrivain James Ellroy, premier intervenant entendu dans le documentaire Los Angeles. Cité du film noir. Auteur entre autres de L.A. Confidential et Le dahlia noir, romans intéressés par le Hollywood des années 1940-1950 devenus films par la suite, Ellroy constitue le guide idéal pour cette appréciation aux accents parfois impressionnistes. Eddie Muller, autre écrivain passionné du film noir, et Alain Silver, éditeur de Film Noir Reader, reviennent eux aussi sur le genre, ses origines modestes au début des années 1940, son apogée au milieu de la décennie (Assurance sur la mort, Laura) jumelée à son intégration à d’autres genres (Gilda, Sunset Boulevard), puis, enfin, son influence subséquente (Le privé, Chinatown, Mullholand Drive). À la fois cru et stylisé, le film noir s’enrichit de notations symboliques puissantes, des cinéastes audacieux (Wilder, Siodmak, Tourneur, Lang, Preminger, Ray, etc.) y ayant trouvé une liberté accrue puisque le genre, très codé, bernait volontiers les censeurs, rappelle-t-on. Quant à Los Angeles en tant que terreau où fleurirent ces oeuvres au charme toxique, comme le signale James Ellroy, qui n’est jamais rien de moins que fascinant à écouter, cela ne relève pas d’un coup de génie, mais d’un simple impératif économique. En effet, le film noir fut d’abord un type de production fauché en extérieur, et donc à Los Angeles, fief de Hollywood. Un heureux accident, en somme.

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Los Angeles. Cité du film noir

Clara et Julia Kuperberg, France, 2015, 53 min. À Pointe-à-Callière le 17 mars à 19 h 30, à BAnQ le 19 mars à 17 h.

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