La Ligue de décence cinématographique

À l’aube de la Grande Dépression, l’Amérique cessa d’aller au cinéma, une dépense devenue frivole. Si bien qu’entre 1930 et 1934, durant les premières années du parlant, Hollywood compta sur le sexe et la violence pour rameuter le public. Choqués, l’Église catholique et ses tenants fondèrent la Ligue de la décence. En y adhérant, quelque 20 millions d’hommes et de femmes prêtèrent serment de ne pas aller voir de films « immoraux ». Des prêtres vilipendèrent les studios, d’autres se postèrent près des guichets, tant et si bien que les salles se vidèrent de nouveau. Dès 1929, le lobbyiste Will Hays fut chargé par une puissante association de producteurs d’élaborer un « code ». Rédigé par un éditeur catholique et un prêtre jésuite, ce qui fait dire à un intervenant qu’Hollywood « est une industrie détenue par des Juifs qui vendent la théologie catholique à l’Amérique protestante », le « code Hays » ne fut appliqué qu’à partir de juillet 1934, et ce, jusqu’en 1966-1968. Un documentaire ressemblant davantage à un reportage traditionnel qu’à une oeuvre de cinéma, La censure à Hollywood en détaille les visées. Si l’alternance systématique entre commentaires et extraits de films devient vite lassante, au moins le contenu est-il riche d’informations. Par exemple, on note que le génie du code ne tient pas à ce qu’il retira des films (la sexualité montrée ou allusive, ou « déviante », la violence explicite, etc.), mais à ce qu’il y ajouta : une morale catholique départageant nettement le bien du mal et où les bons triomphent face aux méchants punis. Dans les faits, Hollywood s’en est-elle jamais affranchie ?

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La censure à Hollywood

Clara et Julia Kuperberg, France, 2015, 52 min. À Pointe-à-Callière le 17 mars à 19 h 30, et à BAnQ le 19 mars à 17 h.

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