L’entente entre MK2 et des partenaires québécois bientôt signée

Selon le projet, de nouvelles salles de cinéma seraient construites dans un bâtiment adjacent à l’Excentris.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le projet, de nouvelles salles de cinéma seraient construites dans un bâtiment adjacent à l’Excentris.

Le projet d’une implication du groupe français MK2 dans la relance d’Excentris, sous nouvelle bannière MK2 Saint-Laurent, avance à bons pas. Ce qui pourrait revitaliser le boulevard Saint-Laurent, en flottement existentiel.

Le directeur de l’entreprise française, Nathanaël Karmitz (fils du fondateur Marin Karmitz), et Matthieu Giblin, responsable des projets immobiliers du groupe, sont venus à Montréal explorer de visu l’état des lieux lundi et mardi derniers, après échanges téléphoniques. Le projet, dont Le Devoir avait fait état le 20 février, comporte la construction de six nouvelles salles de cinéma sur un bâtiment adjacent à l’Excentris, dont Daniel Langlois est propriétaire, en plus des trois écrans existants.

MK2, qui contrôle neuf cinémas à Paris et soixante-cinq salles après acquisition en juin 2014 du réseau espagnol Cinésur, rêve d’étendre son empire outre-Atlantique.

Une entente de principe doit être paraphée au cours des prochains jours entre la Société de développement Angus (SDA), MK2 et Terra Incognita, dirigée par Daniel Langlois, pour aller de l’avant. Ce conglomérat pilote le projet, dont les modalités financières sont à élaborer, en partenariat privé, sans demandes de subventions d’État. MK2 en serait, si tout aboutit, le partenaire majoritaire.

Christian Yaccarini, président de la SDA et ex-dirigeant de la Corporation du Cinéma Parallèle à la tête d’Excentris, se réjouissait vendredi : « Les rencontres ont été fort positives, dit-il. MK2 est très intéressé, très au courant aussi de la situation des cinémas montréalais. Des architectes sont déjà venus observer les lieux. MK2 fait ses propres évaluations financières et produit les détails des plans. À cette étape, le projet a 50 % de chances de fonctionner, ce qui est énorme pour quelqu’un sur la loi de la protection de la faillite. On se sent vraiment optimistes. »

Alexandre Lagarde, de Montréal International, organisme qui chapeaute les investissements étrangers dans la métropole, a participé aux rencontres avec MK2 cette semaine.

Rappelons que le complexe de trois salles, fondé en 1999 par Daniel Langlois, mécène des nouvelles technologies, opéré depuis 2011 par la Corporation du Cinéma Parallèle, avait fermé ses portes en novembre dernier, étranglé par des problèmes de liquidités et la concurrence de Cineplex. Avec un gros joueur comme MK2, les rapports de force seraient différents.

Dynamiser l’offre

« Nous travaillons et espérons que nous pourrons aboutir à une solution », précisait Nathanaël Karmitz, confirmant les propos de Christian Yaccarini sur la bonne marche du projet.

Son groupe avait déjà jonglé avec l’acquisition du complexe du boulevard Saint-Laurent en 2009, lors d’un premier virage d’Excentris, dix ans après sa fondation. Cette fois, il s’avance davantage.

Ces exploitants de salles français ne craignent pas la migration des spectateurs vers de nouvelles plateformes. Ils estiment plutôt trop faible l’offre cinématographique à Montréal et cherchent à la dynamiser. Le modèle MK2 réside dans des complexes de cinéma avec films de plusieurs origines, souvent sous-titrés, agrémentés de boutiques, de librairies, d’un café, sur formules de cartes d’abonnement qu’il serait bon d’exporter ici, le cas échéant.

Les films québécois devraient être au menu aussi. MK2 coproduit d’ailleurs le film de Xavier Dolan Juste la fin du monde et avait distribué ses Laurence Anyways et Mommy. Un pied de MK2 à Montréal lui permettrait, chose certaine, de mieux connaître notre septième art.

Reste pour la Corporation du Parallèle à demander le 21 mars à ses créanciers une nouvelle prolongation de 45 jours, en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, histoire de développer en substance ces avenues. La SODEC est son principal créancier (4 millions) et doit donner son aval. Des requêtes de dérogations municipales seraient nécessaires par la suite. Christian Yaccarini espère déposer une proposition à ses créanciers fin avril. Si l’alliance avec MK2 tombe à l’eau, c’est la faillite, et le temple conçu par Daniel Langlois y laisserait sans doute sa vocation culturelle.

Christine Gosselin, conseillère municipale pour l’arrondissement Jeanne-Mance, a rencontré les délégués de MK2 et leurs partenaires québécois au début de la semaine. « Pour nous, il s’agit d’une perspective intéressante, qui réclame quand même encore du travail, dit-elle. Longtemps, le boulevard Saint-Laurent a été associé au cinéma avec l’Élysée, le Parallèle, l’Excentris. Il y a aujourd’hui des lacunes à combler. Ce projet pourrait redynamiser les lieux, créer un nouveau pôle d’attraction culturel dans un secteur de Montréal en panne de renaissance. »