Avec cette gueule-là

Laissant deviner les démons intérieurs qui le tourmentent, Ethan Hawke devient littéralement Chet Baker.
Photo: Films Séville Laissant deviner les démons intérieurs qui le tourmentent, Ethan Hawke devient littéralement Chet Baker.

Drame biographique sortant des sentiers battus, Born to Be Blue de Robert Budreau (Un ailleurs magnifique) n’est pas sans rappeler, en moins éclaté et moins flamboyant, Trente-deux films brefs sur Glenn Gould de François Girard. Lui ayant déjà consacré un court-métrage, The Death of Chet Baker, le réalisateur ontarien signe ici un biopic impressionniste où il explore les rapports du trompettiste Chet Baker (prodigieux Ethan Hawke) avec la musique, la célébrité, les femmes et l’héroïne.

Naviguant audacieusement entre les faits réels et inventés, ce deuxième long métrage de Robert Budreau ne s’attarde pas à raconter fidèlement la vie de Chet Baker, mais plutôt à saisir l’essence de sa personnalité. À l’instar du film de Girard, ou de celui de Todd Haynes sur Bob Dylan (I’m Not There), ce ne sont pas les événements que l’on relate qui importent, mais comment la complexité de l’artiste s’y révèle.

Quelque peu mythomane, celui que l’on surnommait le roi du cool se plaisait à brouiller les frontières entre la vérité et le mensonge. Ainsi, rien n’empêchait Budreau d’imaginer ce qui serait arrivé si Baker avait pu jouer son propre rôle dans un film que lui proposait Dino de Laurentiis. Et s’il était tombé amoureux de l’actrice y incarnant sa femme (exquise Carmen Ejogo).

Possédant le physique idéal pour l’incarner, Ethan Hawke ne se contente pas de jouer le beau gosse sur le déclin au moment où il souhaite reprendre sa carrière après avoir perdu ses dents. Laissant deviner les démons intérieurs qui le tourmentent, l’acteur devient littéralement Chet Baker, tour à tour séduisant, arrogant et vulnérable.

Alternant entre la vie (parfois cauchemardesque) de Baker et le film dans le film, ce biopic aux accents oniriques laisse étonnamment trop peu de place à la musique. En revanche, les rares plages musicales donnent envie de replonger dans l’oeuvre du trompettiste. D’une facture modeste, évoquant dans certains passages en noir et blanc la Nouvelle Vague, Born to Be Blue s’avère une rêverie mélancolique, par endroits capricieuse et maniérée, saluant avec respect ce génie torturé qu’était le James Dean du jazz.

Born to Be Blue

★★★

Drame biographique de Robert Budreau. Avec Ethan Hawke, Carmen Ejogo, Callum Keith Rennie, Stephen McHattie, Kevin Hanchard et Kedar Brown.