La génération perdue

Photo: Festival international du film sur l'art «Qu’est-ce qu’un écrivain? Un simple raconteur d’histoires, ou quelqu’un qui cherche à exorciser les tragédies qu’il porte en lui ?» Cette question de Roger Grenier guide le beau film de Claude Ventura.

« Qu’est-ce qu’un écrivain ? Un simple raconteur d’histoires, ou quelqu’un qui cherche à exorciser les tragédies qu’il porte en lui ? » Cette question de Roger Grenier guide le beau film de Claude Ventura. Sur fond de correspondance entre Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway, passant souvent par leur éditeur commun, ces deux géants de la littérature américaine dilapident leurs forces entre boire et écrire, faisant la fête dans les bars de Paris ou les riches villas de la Côte d’Azur.

Les deux hommes s’aiment d’une amitié féroce, eux qui s’assènent les plus raides critiques sur les romans qu’ils écrivent, en y jetant leur âme et leur art. Les lettres sont sans pitié, par ce qu’elles portent de charge comme de tendresse, Hemingway bénéficiant des conseils de son brillant aîné, tandis que celui-ci sera bientôt dépassé, ravagé par l’alcool et incapable de surmonter le malheur d’avoir perdu Zelda, sa femme, frapée par la maladie mentale.

Dans Paris est une fête, Hemingway raconte cette génération perdue et y assassine Fitzgerald. Pourtant, quand l’un disparaîtra pour de bon, l’autre, au sommet de sa gloire, suivra à son tour la pente de la destruction. L’un est mort à 40 ans, comme il l’avait prévu ; l’autre s’est tiré une balle, si bien qu’aucun des deux n’a été le maître de son image. Une cinquantaine de lettres témoignent de ce qui sépare et lie ces forces prêtes à rompre, dont l’acuité brillante fait sentir le volcan en eux. En définitive, la postérité les a mis d’accord, au lieu d’opposer leurs romans merveilleux.

Fitzgerald/Hemingway : une question de taille

Claude Ventura, France, 2015, 53 minutes. À la Grande Bibliothèque le 11 mars à 18 h 30, et le 18 mars à 19 h 30.

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