Vers la parité à l’ONF

Au cours du dernier exercice, 43,5 % des films ont été réalisés par des femmes, contre 41,7 % l’année précédente.
Photo: Source ONF Au cours du dernier exercice, 43,5 % des films ont été réalisés par des femmes, contre 41,7 % l’année précédente.

Il ne sera pas dit que le combat au cours des années 60 de pionnières comme Anne-Claire Poirier et Kathleen Shannon pour tailler leur place aux réalisatrices dans le cercle très masculin de l’ONF aura été vain.

En ce mardi 8 mars, l’Office national du film s’est engagé à atteindre la parité hommes-femmes en ce qui concerne la réalisation de ses films, mais aussi les budgets de production, d’ici trois ans. Précisons que cet objectif est déjà atteint pour l’année 2015-2016 qui se termine en avril. 43,5 % des films étaient réalisés par des femmes, contre 41,7 % l’année précédente. En 2012, cette part féminine, qui fluctue, n’avait été que de 27,4 %. Le but est de maintenir la voie de la parité et de n’en plus dériver.

Le président et commissaire de l’ONF, Claude Joli-Coeur, en a fait l’annonce lors d’un panel au festival Vancouver International Women in Film.

« L’ONF a toujours été un chef de file en matière de cinéma des femmes », a-t-il précisé. Rappelons que même si des productions féminines existaient dans d’autres cadres, de 1974 à 1996, le Studio F avait été le premier studio de production consacré uniquement aux femmes.

Photo: Source ONF

Du côté administratif, pour 2015-2016, les objectifs sont atteints et bien au-delà : 55 % des postes de production à l’ONF sont occupés par des femmes dans l’ensemble du pays. Cette proportion monte à 66 % chez les cadres supérieurs et à 70 % au sein des membres du conseil d’administration.

À l’Office comme ailleurs, en réalisation, la représentativité des femmes est forte au documentaire et à l’animation. Pour l’ONF, le maillon faible demeure le secteur de l’interactif documentaire, très majoritairement décliné au masculin. Des initiatives seraient engagées pour y atteindre un meilleur équilibre.

Le trou noir du long métrage de fiction

Claude Joli-Coeur dit espérer que le reste de l’industrie lui emboîte le pas.

Précisons toutefois que l’ONF ne produit plus depuis longtemps de longs métrages de fiction. Or c’est dans ce champ, alliant gros budgets et concurrence féroce, que l’absence des femmes se fait cruellement sentir.

Selon les chiffres du collectif québécois Réalisatrices équitables, seuls 10 % des fonds avaient été accordés à des femmes par Téléfilm Canada et 19 % par la SODEC, entre 2011 et 2014, pour des longs métrages de fiction.

À l’échelle du pays, un rapport de Women in View on Screen sur la parité hommes-femmes à l’écran révélait que pour l’exercice 2013-2014, sur un échantillon de 91 longs métrages, la représentativité féminine était de 17 % à la réalisation, de 22 % au scénario et de 12 % à la direction de la caméra.

En fait, si l’engagement de l’ONF peut contribuer à accroître la représentation des femmes au cinéma et susciter un effet d’entraînement, il n’est pas en son pouvoir de contrer de plein fouet leur effacement dans le domaine du long-métrage de fiction, tribune de prestige où la vision féminine du monde manque trop à l’appel.