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La ruée vers l’or vert

Alexis Martin, coscénariste du film «Les mauvaises herbes», une comédie du réalisateur Louis Bélanger
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Alexis Martin, coscénariste du film «Les mauvaises herbes», une comédie du réalisateur Louis Bélanger

Six ans après «Route 132», sympathique road movie campé dans le Bas-Saint-Laurent, Louis Bélanger et Alexis Martin offrent «Les mauvaises herbes», comédie à la fois dense et légère où ils traitent de filiation et de transmission… sur fond de criminalité.

Dans Route 132, Alexis Martin incarnait un petit malfrat qui entraînait François Papineau, dans le rôle d’un père endeuillé, à commettre de menus larcins. Ce faisant, ce dernier surmontait sa peine en renouant avec sa famille. Cette fois-ci, Alexis Martin interprète Jacques, un acteur de théâtre de Montréal, qui se retrouve dans une ferme isolée où vit Simon (Gilles Renaud), un misanthrope cultivant du cannabis pour des motards, après avoir fui un impitoyable usurier (Luc Picard). Afin de sauver sa peau, Jacques accepte donc de donner un coup de main à Simon.

« L’infraction dans le schéma quotidien ordinaire est un ressort dramatique millénaire qui permet de sortir le personnage de ses habitudes, explique Alexis Martin, coscénariste des Mauvaises herbes. On n’est pas dans un crime crapuleux, il s’agit de petite criminalité, de banditisme opportuniste. Au-delà du récit primaire, l’idée, c’était de voir comment trois personnes de générations et de milieux différents pouvaient fabriquer du commun. »

Alors qu’une amitié se tisse entre les deux hommes, l’arrivée impromptue d’une jeune employée d’Hydro-Nord, Francesca (Emmanuelle Lussier-Martinez), risque de contrecarrer les plans de Simon, qui souhaite acheter, avec l’argent de la récolte, une terre à bois à son fils qu’il n’a pas vu depuis des années.

« Nos films sont nourris de nos observations, confie le réalisateur Louis Bélanger. Qu’est-ce qu’on met en toile de fond, qu’est-ce qui nous interpelle ? C’est le legs, mais pas en tant que valeur financière, et la filiation, qui revient tout le temps dans mes films et dans ses pièces. Dans Les mauvaises herbes, on a créé une famille dysfonctionnelle, car très vite, Simon devient une espèce de figure paternelle et Jacques, un peu le grand frère de Francesca. »

Fait divers

C’est en se promenant en région et en séjournant au chalet du cinéaste Robert Morin que Louis Bélanger a rencontré un homme de Maniwaki qui s’adonnait à la culture hydroponique. Régulièrement, il lisait des entrefilets à propos de fermiers qui obtenaient un meilleur niveau de vie en cultivant du cannabis.

« On habite à Montréal, alors on ne se pose pas trop la question sur la façon d’habiter le territoire. Il faut nourrir le film d’observations socio-économiques, sociopolitiques. C’est une réalité économique qui existe, mais bizarrement, on n’en parle pas tant que ça au cinéma », croit le réalisateur.

« Même si on n’y vit pas, la région définit notre identité. Pour comprendre qui on est, il faut y retourner, car on sort tous du bois. Il y a des régions qui dépendent du commerce de la marijuana. C’est une sinistrose économique. Ce n’est pas un signe de santé », explique l’acteur.

En plus de vouloir rappeler cette réalité économique, Bélanger et Martin ont voulu illustrer à travers le personnage de Francesca, d’origine chilienne, la diversité culturelle.

« Le Québec change, rappelle Alexis Martin. Je trouve important que les jeunes des communautés culturelles puissent se reconnaître dans notre cinéma. Ce n’est pas vrai que les immigrants s’installent tous à Montréal. Je voulais montrer qu’ils sont aussi Québécois que nous. Francesca parle la même langue et a les mêmes référents que nous. Je trouvais important que dans le tissu culturel, ça devienne presque banal. »

Huis clos hivernal

Tourné en plein coeur de l’hiver dans les Laurentides, Les mauvaises herbes a pour principal décor de vastes forêts enneigées où l’on circule en motoneige ou en raquettes.

« La sonorité de l’hiver au cinéma, c’est tellement beau, reconnaît Louis Bélanger. Comme cinéaste, ça prend des défis : le documentaire Louis Martin, journaliste, le road movie Route 132 et le récit déconstruit en trois parties à la Post mortem en étaient. Le film d’hiver, c’est un peu un passage pour un cinéaste québécois. J’avais cette idée-là de deux mondes, l’univers de Jacques et de Simon, mais aussi de cette grange luxuriante, tropicale et ce grand espace blanc, cristallin. »

Si le cinéma québécois nous a habitués à des films hivernaux où l’on s’échange peu de mots en se perdant en contemplation devant la majesté des paysages, chez Bélanger et Martin, on a de la jasette…

« C’est aussi une comédie de la parole. Au coeur de la psyché québécoise, il y a ce conflit larvé entre le beau parleur et celui qui agit, lequel remonte à l’époque de la Conquête où les intellos et les aristocrates ont crissé leur camp en France. Pour survivre, il fallait être très fort physiquement, donc on n’avait pas le temps de parler. L’aspect de survivance est très fort dans notre psyché », avance Alexis Martin.

« Je fais toujours des films de grande gueule, confesse Louis Bélanger. Le défi, c’est de dialoguer le débat d’idées de la résolution du conflit. Avec Alexis, je pense que j’ai trouvé un bon partenaire même si on vient de différents milieux, lui, fils d’intellectuel, et moi, issu d’un milieu ouvrier. On est assez complémentaires. »

À l’affiche le 11 mars

1 commentaire
  • Patrick Boulanger - Abonné 5 mars 2016 09 h 19

    Ouin, le réalisateur de «Gaz bar blues» qui sort un nouvel opus avec Alexis Martin et Gilles Renaud, cela promet!

    Attendre six ans avant sortir un nouveau film, vous nous gâtez pas beaucoup M. Bélanger!

    Au plaisir d'aller voir votre nouvel opus et de vous voir peut-être éventuellement faire la conversation avec des relations (la fois que je vous ai observé faire la conversation avec des relations, j'ai été agréablement surpris par votre authenticité-vraiment)!