Les filles des vues prennent d’assaut le Web

L’organisme Réalisatrices équitables souhaite que les réalisatrices de documentaires soient mieux reconnues, ces dernières étant « moins de 30 % à recevoir des fonds, alors qu’elles sont 60 % à étudier dans ce domaine-là ».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’organisme Réalisatrices équitables souhaite que les réalisatrices de documentaires soient mieux reconnues, ces dernières étant « moins de 30 % à recevoir des fonds, alors qu’elles sont 60 % à étudier dans ce domaine-là ».

Après avoir célébré les réalisatrices de fiction en 2014 avec la parution du livre 40 ans de vues rêvées par des femmes, l’organisme Réalisatrices équitables lançait le jeudi 3 mars le portail Internet Les dames du doc.

« Nous avons beaucoup parlé des réalisatrices de fiction, nous nous sommes battues pour elles, note Isabelle Hayeur, membre fondateur et présidente de Réalisatrices équitables. Nous croyions que tout allait bien pour les réalisatrices de documentaires, puis nous avons compris que ce n’était pas si rose que cela. Elles ont de bons scores, mais elles sont moins de 30 % à recevoir des fonds, alors qu’elles sont 60 % à étudier dans ce domaine-là. »

Organisme à but non lucratif dont la mission est d’atteindre l’équité pour les femmes dans le milieu de la réalisation, Réalisatrices équitables tient chaque mois, dans les locaux de l’ARRQ (Association des réalisateurs et réalisatrices québécois), le ciné-club des Dames du doc. Dans une atmosphère conviviale, les réalisatrices viennent y présenter leur documentaire et y raconter trois histoires vraies.

C’est dans cet esprit que ce nouveau portail, qui se veut d’abord un répertoire des réalisatrices de documentaires, propose 3 histoires vraies où les cinéphiles pourront écouter les confidences de documentaristes. S’y retrouvent notamment les propos d’Anne Claire Poirier, qui signait en 1968 De mère en fille, premier film de docufiction tourné par une femme au Québec. À cette section, qui s’enrichira chaque mois, s’ajoutent 19 portraits vidéo de réalisatrices indépendantes, dont Raymonde Provencher, Marquise Lepage et André-Line Beauparlant.

« Ce que j’aime le plus dans notre portail, c’est le cinéma en ligne, confie Isabelle Hayeur. J’aime l’idée qu’on puisse regarder des documentaires qui viennent de tous les horizons, qui traitent de tous les sujets. Le portail étant un objet évolutif, cette banque-là va s’enrichir constamment de nouveautés. Ce sera vraiment un rendez-vous pour les cinéphiles. »

Dans les années à venir, Réalisatrices équitables souhaite transformer le portail Les dames du doc (damesdudoc.com) en un site qui réunirait les réalisatrices de fiction et de documentaires. Confiante en la visibilité et la valorisation des oeuvres des réalisatrices du réel grâce à ce nouveau portail, Isabelle Hayeur ne cache toutefois pas que presque 10 ans après sa création, l’organisme Réalisatrices équitables constate que rien n’a changé en ce qui a trait à l’équité pour les femmes.

« C’est hyperdécourageant. Toutefois, il y a de petits efforts, dont ceux de la SODEC, qui a assoupli ses critères d’admissibilité au financement. Nous ne demandons pas 50 %, mais une mixité égalitaire, une zone de confort, qui serait de l’ordre de 40 % et 60 %. Il serait temps que la SODEC et Téléfilm mettent leurs culottes. »

En mai prochain, Réalisatrices équitables tiendra une journée d’étude des femmes en culture. Estimant que la situation est similaire dans les autres champs culturels, l’organisme souhaite rassembler les statistiques et se mettre d’accord sur les recommandations à faire au ministre de la Culture.