Quand Christian Vincent retrouve Fabrice Luchini

Vingt-cinq ans après le film «La discrète», l’acteur Fabrice Luchini (à droite) est en vedette dans le nouveau film du réalisateur Christian Vincent.
Photo: Giuseppe Cacace Agence France-Presse Vingt-cinq ans après le film «La discrète», l’acteur Fabrice Luchini (à droite) est en vedette dans le nouveau film du réalisateur Christian Vincent.

Ça faisait 25 ans que Fabrice Luchini et Christian Vincent n’avaient pas travaillé ensemble. Un quart de siècle plus tôt, c’était pour La discrète, un film crucial dans la trajectoire du cinéaste comme dans celle de l’acteur français. Cette histoire de séducteur pris au piège de son propre pari, primé à la Semaine de la critique de Cannes, avait fait un malheur, remporté trois César. Du coup, Christian Vincent, qui signait son premier long métrage, était devenu le talent à suivre et Fabrice Luchini, jusque-là confiné aux films d’auteur assez confidentiels, devenait une vedette populaire et un « type », celui du coureur de jupons intello, sans scrupule mais attachant, bavard et à côté de ses pompes.

« Six ou sept ans après La discrète, je lui avais offert un autre rôle, qu’il jugeait trop collé à lui, évoque Christian Vincent. Il avait dit non. Ça m’avait vexé. J’ai été trop orgueilleux, sans doute… Car au fil des ans, je le voyais s’améliorer. Il a pris une épaisseur. Avant, il était comme asexué. Aujourd’hui, on peut lui prêter des sentiments. Autrefois, ça paraissait difficile »

Le rôle dans La discrète a changé ma vie, l’orientation de ma carrière. Notre lien a toujours été heureux. Je l’aime. Il est singulier, légèrement inadapté. Je dirais de lui: la parole n'est pas sa langue.

 

Le producteur Matthieu Tarot voulait les réunir. De là est né le projet de L’hermine. Le cinéaste avait lu un roman de Simenon qui mettait en scène un président de cour d’assises (l’équivalent d’un juge chez nous). « Ça m’a donné l’idée de base. Je voyais Fabrice avec la robe noire. Il joue très bien les gars pas sympathiques, à cause de cette morgue qu’il peut avoir. Le genre “ film de procès ” est très américain, mais les mécanismes judiciaires sont bien différents ici et là-bas. »

Luchini assure avoir un rapport très profond avec Christian Vincent. « Le rôle dans La discrète a changé ma vie, l’orientation de ma carrière. Notre lien a toujours été heureux. Je l’aime. Il est singulier, légèrement inadapté. Je dirais de lui : la parole n’est pas sa langue. »

Fabrice Luchini incarne dans L’hermine un président de cour d’assises dans une ville du Nord, un homme dur qui trouve au nombre des jurés d’un procès une femme solaire qu’il a aimée jadis sans lui dire. Et de transformer sa vision du monde…

« Ce juge n’a pas bonne réputation, précise le cinéaste. C’est le vieux grincheux qui vit à l’hôtel. » Le cinéaste a pu assister à un procès avec jurés au tribunal de Bobigny, puis à Paris, suivant les magistrats en coulisse pour tâter le pouls du système.

Retrouver un acteur, découvrir une actrice

L’hermine, qui vient de valoir à la délicieuse actrice danoise Sidse Babett Knudsen le César de la meilleure actrice de soutien, avait déjà été primé à la Mostra de Venise : meilleur scénario, prix d’interprétation masculine à Luchini.

« Est-ce que j’imaginais ça quelques jours avant, s’étonne l’acteur : 1500 personnes debout à Venise. Plus d’un million d’entrées pour le film en France. »

Ça fait un velours, forcément. « Mais l’acteur ne doit pas avoir de vanité au cinéma, précise Luchini, car nous allons mourir et le temps est très court. Au théâtre, c’est moi le patron. Au cinéma, c’est le metteur en scène. Je deviens l’élément d’un ensemble. Hitchcock disait que l’acteur est du bétail. Il est à tout le moins un matériau. »

Fabrice a cette grande qualité, renchérit Christian Vincent : « Il n’est pas un metteur en scène frustré, car il peut jouer ce rôle au théâtre. Sur un plateau, il manifeste une grande humanité et aide au besoin les autres interprètes. Il est intelligent et comprend que si l’autre acteur est bon, ça l’avantage. Son personnage, il le joue dans la vie… Mais Fabrice refuse de tourner le matin. Seul acteur au monde comme ça et sur ce plan, intraitable. Qu’est-ce que c’est chiant ! En octobre, novembre, les journées sont courtes. Une chance que la partie du tribunal se faisait en studio… »

Christian Vincent ne tarit pas d’éloges sur Sidse Babett Knudsen, dans la peau de la femme séduisante qui fait craquer le juge. Cherchant une comédienne d’au moins 45 ans, pas trop vue des Français, sa perle rare lui échappait. « Je regardais cette actrice danoise dans la série télé Borgen, qui m’apparaissait très sexy. Et à travers un entretien sur Arte, j’ai découvert qu’elle parlait couramment le français, ayant vécu cinq ans chez nous. On l’a fait venir. Son accent, son charme apportent un truc unique au rôle. Elle qui n’avait jamais tourné en France est réclamée maintenant partout. Ainsi va la vie. »

Notre journaliste a effectué ces entrevues à Paris, à l’invitation d’Unifrance.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 mars 2016 09 h 36

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    « Le rôle dans La discrète a changé ma vie, l’orientation de ma carrière. Notre lien a toujours été heureux. Je l’aime. Il est singulier, légèrement inadapté. Je dirais de lui : la parole n’est pas sa langue. »