88es Oscar: «Spotlight» et «The Revenant» grands gagnants

En venant chercher sa statuette sur la scène du Dolby Theatre, Alicia Vikander a rendu hommage à son partenaire à l’écran Eddie Redmayne, oscarisé l’an dernier.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse En venant chercher sa statuette sur la scène du Dolby Theatre, Alicia Vikander a rendu hommage à son partenaire à l’écran Eddie Redmayne, oscarisé l’an dernier.
On attendait des surprises. De fait, bien des prédictions furent déjouées dimanche soir, après coup de théâtre au dernier sprint. Nous voici en quelque sorte avec trois films lauréats à cette cérémonie des 88es Oscar.

Spotlight de Tom McCarthy, abordant l’enquête de journalistes du Boston Globe sur les crimes pédophiles du clergé, est venu rafler le prix du meilleur film, lequel semblait acquis à The Revenant, en plus de repartir avec la statuette du meilleur scénario original.

Liste des lauréats 

Meilleur film
Spotlight: édition spéciale

Meilleur acteur dans un rôle principal
Leonardo DiCaprio, Le revenant

Meilleure actrice dans un rôle principal
Brie Larson, Room: le monde de Jack

Meilleure actrice dans un rôle secondaire
Alicia Vikander, Danish Girl

Meilleur acteur dans un rôle secondaire
Mark Rylance, Le pont des espions

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Ce qui n’a pas empêché Alejandro González Iñárritu de recevoir le laurier de la meilleure réalisation (pour une seconde année, après Birdman) avec ce Revenant, odyssée au XIXe siècle d’un trappeur blessé, tournée dans des conditions impossibles. Meilleure direction photo aussi pour Emmanuel Lubezki. Et sans surprise, après avoir rongé son frein à ses cinq précédentes nominations, voici enfin Leonardo DiCaprio statuette en main pour sa performance très exigeante et très forte de trappeur blessé traversant l’Amérique sauvage. On l’a entendu aborder les dangers des changements climatiques en appelant à plus d’humanité. « Ne tenez pas cette planète pour acquise », lançait-il. Iñárritu vint dire sur scène qu’il espérait que la couleur de la peau devienne aussi peu importante que la couleur des cheveux dans ce type de course.

Le sacre technique de Mad Max 

Mais la manne des Oscar va ailleurs. La délirante charge postapocalyptique Mad Max : Fury Road de l’Australien George Miller est le second grand lauréat de la soirée avec six lauriers techniques: meilleurs costumes, meilleurs maquillages et coiffures, meilleure direction artistique, meilleur montage, meilleur montage sonore et meilleurs effets sonores. George Miller, qui avait créé Mad Max en 1979 avant d’en réaliser des suites au cours des années 1980, faisait pour cette franchise son grand retour. Mais la statuette des meilleurs effets visuels lui aura échappé au profit de l’excellente science-fiction Ex Machina d’Alex Garland.

Surprise! Brie Larson, la mère courage de Room, production canadienne de Lenny Abrahamson, a remporté la statuette de la meilleure actrice, à la barbe de Cate Blanchett et Charlotte Rampling.

Les interprètes noirs, champions du gala

L’animateur, l’humoriste Chris Rock, avait promis d’aborder de front la controverse de l’heure sur l’absence d’acteurs noirs en nomination au gala. Avec un aplomb et un sens du punch à toute épreuve, il a agité au Dolby Theatre le sujet chaud en tous sens; tantôt drôle, tantôt sérieux, vraiment formidable.

« Ce sont les 88es Oscar. Il n’y eut pas de Noirs en nomination au moins 71 autres fois. Les Noirs ne protestaient pas avant parce qu’ils avaient d’autres raisons de protester. Quand votre grand-mère est pendue à un arbre, c’est dur de se préoccuper de qui gagne le prix du meilleur documentaire… » C’était parti!

Les robes et le strass étaient au rendez-vous et le kitsch de la scène en majesté sur forêt de chandeliers. Lady Gaga nous a offert la meilleure performance musicale avec sa vibrante interprétation au piano de Til It Happens To You, sur les agressions sexuelles. On accorde quatre étoiles au clip sur les films en nomination où les acteurs noirs remplaçaient les blancs, particulièrement pour la satire du Martian. Exclus des nominations, certes, mais non du gala, les acteurs noirs. Cette cérémonie s’en est trouvée dynamisée, même si les déclarations politiques des lauréats, à l’exception de celles d’Iñárritu et de DiCaprio manquaient sérieusement à l’appel. Plus ternes qu’à l’habitude; c’est dire…

Les Noirs, souvent présentateurs et héros des meilleurs sketchs, auront parlé de la diversité culturelle à l’écran en champions de la cause.

« Est-ce qu’Hollywood est raciste? demandait Chris Rock. Bien sûr. C’est un racisme de cénacle. »

Saupoudrage

Sinon, les prix furent saupoudrés entre divers poulains de la course.

The Big Short d’Adam McKay, d’après le roman de Michael Lewis sur un groupe de visionnaires exploitant les failles de Wall Street, repart avec la statuette du meilleur scénario adapté. 

Le mythique Ennio Morricone a enfin remporté son Oscar pour sa composition dans The Hateful Eight de Tarantino. Et ce fut un délice d’entendre son italien tremblant et reconnaissant au micro. Ce prix en était un de carrière par la bande; on le sentait tous.

Alicia Vikander, pour son rôle de compagne forte d’une personne transsexuelle dans The Danish Girl de Tom Hooper, fut sacrée meilleure actrice de soutien au nez de la favorite, Jennifer Jason Leigh dans The Hateful Eight de Tarantino. Mark Rylance, saisissant en espion russe à mine basse dans Bridge of Spies de Steven Spielberg, repart avec le prix du meilleur acteur de soutien. Quant au dernier James Bond, Spectre, il a valu à Jimmy Napes et Sam Smith le prix de la meilleure chanson pour Writing’s on the Wall.

Le très remarqué Amy d’Asif Kapadia et James Gay-Rees, sur la vie malheureuse de la chanteuse britannique Amy Winehouse, reçoit la statuette du meilleur documentaire. 

Inside Out de Pete Docter et Jonas Rivera, amusant et émouvant sur fond d’émotions déchaînées, remporte celle du meilleur film d’animation. 

L’Oscar étranger au Fils de Saul

C’est l’exceptionnel et bouleversant Fils de Saul du Hongrois László Nemes, qui renouvelait brillamment l’horreur de la Shoah, avec lumière surgissant des ténèbres, qui repart avec l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, après avoir été primé à Cannes et aux Golden Globes. Il ne l’a pas volé.

Meilleur court métrage animé à Bear Story de Gabriel Osorio et Pato Escala, premier Oscar chilien, meilleur court métrage documentaire à A Girl in the River : the Price of Forgiveness de Sharmeen Obaid-Chinoy sur les crimes d’honneur. Meilleur court avec acteurs pour Stutterer de Benjamin Cleary. 

Les grands perdants de la soirée sont The Martian de Ridley Scott, le roi du box-office Star Wars de J.J. Abrams et… Sicario du Montréalais Denis Villeneuve, trois fois cité, mais comme disait l’autre : l’important, c’est vraiment de participer.
5 commentaires
  • Yves Petit - Inscrit 29 février 2016 07 h 07

    Dérision

    Comment récupérer un mouvement de protestation légitime? Les grands bonzes du cinéma américain ont montés une belle façade hier au Dolby Theather. En commencant par le tapis rouge sur lequel il semblait n'y avoir que des noirs qui soient interviewés. Ensuite l'hôte de la soirée qui a tenté de tourner en dérision le mouvement intié par Spike Lee. Ses farces étaient bien sûr suivies de rire jaunes et des gros plans sur des noirs tout souriants.

    Foutez-nous la paix, on voulu dire les businessmen d'Hollywood...on fait notre cinéma comme on le veut bien!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 février 2016 08 h 47

    Et le meilleur doubleur ? et la meilleure doubleuse ?

    La 88e cérémonie des Oscars du cinéma s'est tenue. Les prestigieuses statuettes ont été remises dans 24 catégories, dont «meilleur mixage de son», «meilleur montage de son», «meilleurs effets visuels», «meilleurs maquillages et coiffures», mais aucune n'a récompensé le meilleur acteur-doubleur et la meilleure actrice-doubleuse, pour la très simple raison que ces catégories n’existent pas.

    Plusieurs s’accordent à dire que Scarlett Johansson a livré l’une de ses plus belles performances d’actrice dans le film de Spike Jonze, «Her» (2013), dans lequel elle interprète la voix de l’ordinateur dont tombe amoureux Joaquin Phoenix. Celui-ci pouvait espérer recevoir un Oscar pour son interprétation, mais pas Johansson.

    Cette année, cinq films d’animation étaient en nomination. Il est injuste que les acteurs et les actrices prêtant leur voix aux principaux personnages de ces films sélectionnés aient été oubliés, comme si le doublage avait moins d’importance que le mixage et le montage de son, le maquillage et la coiffure.

    Le comédien Edgar Givry a dit : «Dans la commedia dell'arte ou la tragédie grecque, les acteurs jouaient masqués. L'instrument, c'était d'abord la voix. Si les yeux sont les fenêtres de l'âme, la voix en est la porte.»* Le comédien Michel Tugot-Doris : «On peut faire absolument tout ce qu'on veut avec sa voix. Et puis, les personnages [de dessins animés] ont souvent peu d'expression. Alors, c'est la voix du comédien qui leur donne leur personnalité.»* Le comédien Frédéric Diefenthal : «En animation […], si une voix sort du lot, c'est qu'elle s'intègre dans une histoire, une narration... Primer un comédien pour son doublage, c'est donc aussi reconnaître que sa voix est intimement liée à un personnage. Un peu comme au cinéma, quand on identifie un acteur à certains de ses rôles.»* Hollywood doit réaliser que sans les doubleurs et les doubleuses, beaucoup de films ne se feraient pas.

    * http://voxophile.neocities.org/TextesLivre.Doublag

  • Louise Craig - Abonnée 29 février 2016 12 h 01

    Déridage

    Bien plus que des "farces", les morceaux ciselés de Chris Rock (c'est le nom de "l'animateur") ont servi à rappeler que le racisme demeure entier en Amérique et qu'une bonne dose d'ironie est un excellent véhicule pour rappeler l'héritage et l'immense présence noire dans la réalité culturelle américaine. Le cinéma a toujours servi à le rappeler, pour autant qu'il demeure, en partie un jeu d'illusion. Les absents noirs étaient tout aussi importants hier que ceux d'entre eux qui sont restés pour représenter les discidents.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 29 février 2016 14 h 02

    Ennio Morricone est né en 1928

    La première remise des Oscars remonte à 1929, mais ils ont récompensé les films sortis en 1928.

  • Marc Tremblay - Abonné 29 février 2016 20 h 49

    Di Caprio, meilleur acteur mais mauvais scénario

    Léo mérite certainement son Oscar, mais le réalisateur a joué avec l'histoire en dépeignant tous les trappeurs Canadiens-français comme des êtres cruels, mesquins et vils envers les Amérindiens. Pourquoi? Parce que c'est historiquement faux.