Berlinale 2004 - Art, stars et politique

Berlin — Premier festival européen de l'année, la Berlinale, lève jeudi le rideau sur Retour à Cold Mountain, une épopée historique sur l'amour et la guerre, pacifiste et romantique, qui donne le ton d'une manifestation alliant le glamour et la politique, l'art et les stars.

Le 54e Festival international du film de Berlin va dérouler le tapis rouge, place Marlene Dietrich, au coeur de la capitale, devant Jude Law, Jack Nicholson, Robin Williams, Juliette Binoche, Carole Bouquet, Cate Blanchett, Sandrine Bonnaire, Sylvie Testud, Nick Nolte... Quelques-unes des têtes d'affiche des près de 400 films projetés au cours d'un marathon qui se conclura le 15 février.

Vingt-trois films, dont une quinzaine d'européens, sont en compétition pour l'Ours d'Or qui sera décerné le 14 février par le jury présidé par Frances McDormand, Oscar de la meilleure actrice pour Fargo. Dix-neuf sont présentés en première mondiale et deux sont des premiers films.

Parmi les vétérans figurent le Britannique Ken Loach, toujours fidèle à un cinéma social avec Ae fond kiss, le Grec Theo Angelopoulos qui présente le premier volet de sa Trilogie: la terre pleure, le Français Éric Rohmer et sa version personnelle d'un film d'espionnage (Triple agent) et le Britannique John Boorman, qui signe une réflexion politique sur l'Afrique du Sud post-apartheid, avec Juliette Binoche et Samuel Jackson (Country of my Skull).

La jeune garde du cinéma mondial sera présente avec des nouveaux venus comme Omar Naïm, cinéaste américain d'origine libanaise, qui, à 27 ans, présente The Final Cut, un thriller de science-fiction avec Robin Williams; Fatih Akin, un cinéaste allemand issu de l'émigration turque (Gegen die Wand), l'Argentin Daniel Burman (El Abrazo partido) et l'Américain Joshua Marston avec Maria, llena eres de gracia, l'histoire d'une adolescente colombienne qui transporte de la drogue pour échapper à son sort.

Créé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, comme une fenêtre ouverte sur le monde libre, le Festival de Berlin aguiche les stars sans perdre de vue ses préoccupations sociales et politiques: faubourgs pauvres de Buenos Aires, prostituées en Corée du Sud (Samaria de Kim Ki-duk), adolescente germano-turque en butte à l'oppression familiale et religieuse, jeune Vietnamien à la recherche de son père américain...

La Berlinale braque ses projecteurs sur l'Afrique du Sud, qui célèbre cette année le 10e anniversaire de la fin de l'apartheid, et aussi sur l'Amérique du Sud. Un Ours d'Or sera remis à l'Argentin Fernando Solanas, le réalisateur toujours aussi engagé de L'Heure des brasiers, qui présentera Memorias del saqueo, un documentaire sur la crise économique et la mondialisation.

La figure mythique d'un autre Argentin sera présente à travers deux documentaires dans la section Panorama: Traveling with Che Guevara de Gianni Minà, avec Alberto Granado, compagnon de voyage du jeune Ernesto Guevara parti à 23 ans à la découverte de l'Amérique latine en moto. Quant à Romano Scavolini, il enquête sur la mort du leader révolutionnaire en Bolivie dans Le Ultime Ore del Che.

Le 34e Forum du jeune cinéma, la tête chercheuse du Festival, présentera un programme de dix moyen-métrages consacrés à «des histoires vraies dans une Afrique du Sud libre» ainsi que Final Solution, sur les heurts sanglants entre hindous et musulmans dans l'État indien du Gujarat.