Symphonie (anti-)héroïque

Deadpool, le superhéros le plus irrévérencieux de l’écurie Marvel
Photo: Source 20th Century Fox Deadpool, le superhéros le plus irrévérencieux de l’écurie Marvel

Ancien mercenaire reconverti en redresseur de torts, Wade se défend d’être un héros. Buveur, coureur, grossier, violent, il paraît de fait être l’antithèse de cela. Or, on s’en doute, ses dehors misanthropes et son humour sardonique dissimulent un brave type. Ce que confirme sa rencontre avec Vanessa, dotée d’autant sinon plus de répondant que lui. Entre eux, c’est la folle passion. Mais voilà que le malheur frappe sous la forme d’un cancer incurable qui ronge les os de Wade. Sous promesse de le guérir, un trafiquant d’armes surnommé Ajax l’enrôle dans un programme de fabrication de mutants. Laissé pour mort à l’issue d’un processus qui le voit s’attirer l’inimitié d’Ajax, Wade renaît de ses cendres — littéralement — avec le pouvoir de guérir de toutes ses blessures. Naissance de Deadpool, le superhéros le plus irrévérencieux de l’écurie Marvel.

À cet égard, on ne saurait insister assez sur l’absence complète de rectitude politique dont fait montre Deadpool, un aspect présent dans les comics originaux qui, sans surprise, a longtemps effrayé Hollywood. En effet, malgré le succès des films de superhéros depuis les adaptations de Spider-Man dès 2002 et, surtout, celles des différents Avengers (Iron Man, Capitaine America, Thor, Les gardiens de la galaxie, etc.) à partir de 2008, l’univers, disons, rugueux de Deadpool fut longtemps perçu comme trop risqué.

Créé en 1991, Deadpool était à l’origine un antagoniste, un méchant. Graduellement, il se mua en antihéros, mais il ne se départit jamais de certaines caractéristiques fondamentales, tels ses appétits sexuels débridés, son rejet de toute forme d’autorité, à commencer par celle des autres superhéros, ou encore sa propension à faire des commentaires inappropriés — et d’autant plus jouissifs — dans les moments les plus inopportuns.

À ce chapitre, lesdites remarques et autres boutades sont souvent adressées au lecteur, Deadpool se plaisant à briser le quatrième mur.

Un genre d’introspection

Bonne nouvelle pour les amateurs inquiets : le studio Fox n’a pas édulcoré le plus railleur des superhéros. Il s’agit en l’occurrence d’un choix avisé, d’autant que le maintien du procédé du commentaire direct permet une métanarration, laquelle rend possible une saine mise en boîte des codes et poncifs du genre que le personnage ridiculise volontiers (tout en s’y pliant lui-même plus tard). En cela, Deadpool sera pour le film de superhéros ce que Scream fut autrefois pour le film d’horreur : l’occasion d’une introspection et, idéalement, d’un renouveau.

L’intrigue elle-même est, au fond, classique : défiguré par les expérimentations qui en ont fait un mutant, Wade/Deadpool ne se résout pas à retourner auprès de Vanessa, qui le croit mort. En parallèle, Ajax met sur pied une armée de mutants dénués de personnalité qu’il entend vendre au plus offrant. Humain, trop humain, Deadpool contrecarrera ses plans pour se venger, puis, incidemment, pour le bien commun.

On l’aura compris, c’est la manière qui donne beaucoup de son sel au film, qui mérite amplement sa cote « X » aux États-Unis et « 13 » et plus ici. Pourquoi un tel écart ? Le Québec n’a pas l’habitude de virer fou à cause d’un bout de sein de Madame ou d’une paire de fesses de Monsieur, attributs que le film ne se prive pas de montrer dans le contexte de l’intimité de Wade et Vanessa. Quant à la violence, elle est d’emblée outrancière, loufoque.

Double renaissance

Autre facteur qui distingue cette production audacieuse selon les standards conservateurs hollywoodiens : les dialogues, qui débordent de références pop-culturelles, et les monologues du protagoniste, qui recadrent constamment l’action dans un contexte d’autodérision.

En retour, si la charge verbale fonctionne de la sorte, c’est parce que Ryan Reynolds, longtemps égaré dans divers ratages (Lui, c’est moi, R.I.P. Département), s’approprie le rôle au point qu’on n’arrive à imaginer aucun autre acteur à sa place. Hardie et frondeuse, son interprétation, belle ironie, le voit renaître lui aussi.

Certes, par sa nature autoréférentielle, Deadpool n’est pas nécessairement d’abord convivial pour les non-initiés, notamment avec ses allusions facétieuses aux X-Men, autre fratrie de superhéros Marvel appartenant à Fox. C’est voulu et assumé : le film s’adresse aux fans. Ceux-ci se comptant par dizaines de millions, le studio ne court pas un bien grand risque. Un constat paradoxal après tant d’hésitation.

Deadpool (V.F. et V.O.)

★★★ 1/2

États-Unis, 2016, 108 minutes. Réalisation : Tim Miller. Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, T. J. Miller.