Amener le cinéma au monde

Micheline Lanctôt s’est fait plaisir en sélectionnant les films du Festival «Vues dans la tête de…».
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Micheline Lanctôt s’est fait plaisir en sélectionnant les films du Festival «Vues dans la tête de…».

Lancé en 2013, le Festival « Vues dans la tête de… » se propose d’étoffer, et surtout de rendre accessible l’offre cinématographique dans la région du Bas-Saint-Laurent en mettant l’accent sur des productions québécoises. Noble tâche, nécessaire mandat. Le concept est aussi simple qu’ingénieux : chaque année, une personnalité du milieu cinématographique est invitée à concocter une sélection de longs et de courts métrages québécois, fictions et documentaires, et à venir la présenter à Rivière-du-Loup. Par le passé, les cinéastes Hugo Latulippe, Stéphane Lafleur et Sébastien Pilote ont officié. Cette année, au tour de la cinéaste et comédienne Micheline Lanctôt de jouer les programmatrices du 4 au 7 février.

« Je me suis fait plaisir, admet-elle sans ambages. L’idée, c’est qu’on te donne carte blanche. Il y avait certains critères à respecter, du cinéma d’auteur, mais aussi un film plus grand public, quoique l’exercice était vraiment libre. Sébastien Pilote m’en a parlé avec beaucoup d’enthousiasme, alors je n’ai pas été difficile à convaincre. J’ai choisi des cinéastes à qui j’ai enseigné ou avec qui j’ai aimé travailler. Surtout, j’ai tenu à donner une vitrine à des films qui n’ont pas été vus, qui n’ont pas trouvé leur public. J’avais l’embarras du choix ! »

Il en découle une programmation variée et de belle tenue. Côté longs métrages de fiction, on retrouve cinq titres : l’insolite et beau L’ange gardien, de Jean-Sébastien Lord, la fine satire politique Guibord s’en va-t-en guerre, de Philippe Falardeau, l’émouvant et surprenant Arwad, de Samer Najari et Dominique Chila, le difficile mais généreux Autrui, de Micheline Lanctôt, trop peu vu lors de sa sortie, à l’instar des autres films. Enfin, pour la famille, le sympathique La gang des Hors-la-loi, de Jean Beaudry, en hommage au producteur Roch Demers, qui a eu, rappelle Micheline Lanctôt « un impact extraordinaire sur la relation que le public entretient avec le cinéma québécois, et ce, en intéressant les enfants ».

En famille

« Jean-Sébastien Lord, je lui ai enseigné à Chicoutimi et j’ai joué dans son premier long métrage, Le petit ciel[1999], un autre film insolite et hors norme qui a été boudé parce qu’on préfère aller dans les formats préfabriqués. J’ai toujours déploré qu’il ait dû attendre si longtemps avant de tourner un deuxième long… Et c’est le fils de Jean-Claude Lord, qui a produit mon premier film ; je suis en famille. Quant à Arwad, j’ai enseigné à Dominique Chila. Je n’ai pas enseigné à Philippe Falardeau, mais j’ai joué dans Guibord. »

Tous seront à Rivière-du-Loup pour l’occasion. D’une vérité troublante dans Autrui, le comédien et cinéaste Robin Aubert sera doublement présent, puisque Micheline Lanctôt a également retenu son court métrage Sur le ciment, lauréat du Grand Prix national à Regard sur le court métrage l’an dernier. Autres courts projetés : Maurice, de François Jaros, Une idée de grandeur, de Vincent Biron, Mon père sans mon père, de Pascale Paroissien.

À signaler au rayon des documentaires, un essai signé Félix Dufour Laperrière, Transatlantique, filmé à bord d’un navire de charge au cours d’une traversée.

Aller vers le public

Un des aspects intéressants d’un événement comme « Vues dans la tête de… » est qu’il amène le cinéma québécois à un public qui n’a pas d’office l’occasion d’aller le voir. On le sait, les spectateurs semblent depuis quelques années être tombés en désamour avec leurs « vues ». Or, la faute ne leur incombe pas en entier.

« Dans la plupart des régions, il y a un réel manque de salles et de titres — avec la fermeture d’Excentris, même Montréal n’y échappe pas. C’est entre autres pour ça que je suis si contente de me rendre à Rivière-du-Loup. Je pense que c’est notre responsabilité à nous, cinéastes, d’aller présenter nos films aussi loin qu’il le faut afin que les gens puissent les voir. Un de mes plus beaux moments humains et professionnels, c’est lorsque j’ai accompagné mon film Pour l’amour de Dieu à Ville-Marie dans le cadre de la tournée régionale du Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. Deux autobus de l’Ontario avaient fait le voyage. Le public est intéressé si on lui en donne l’occasion. »

   

Et Micheline Lanctôt de poursuivre avec sa passion coutumière : « Il n’y a pas assez de circulation entre les grands centres urbains et les régions ; chacun reste un peu dans son coin. On gagnerait beaucoup, comme peuple, à ce que des manifestations culturelles comme notre cinéma circulent davantage entre nous. Le cinéma, ça permet aussi de créer des ponts. Nos films voyagent à l’étranger et c’est formidable, mais ce le serait encore plus s’ils voyageaient autant sur notre territoire. J’admire Sébastien Pilote et Rafaël Ouellet, qui sont des gars de région qui travaillent dans leur région et qui y tiennent. C’est important de montrer qu’il y a autre chose que le Mile-End et le Plateau dans notre cinéma. C’est grand, le Québec. C’est beau, le Québec. »

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«On gagnerait beaucoup, comme peuple, à ce que des manifestations culturelles comme notre cinéma circulent davantage entre nous. Le cinéma, ça permet aussi de créer des ponts. Nos films voyagent à l’étranger et c’est formidable, mais ce le serait encore plus s’ils voyageaient autant sur notre territoire.»

Micheline Lanctôt
1 commentaire
  • Lucien Cimon - Inscrit 3 février 2016 20 h 25

    « C’est grand, le Québec. C’est beau, le Québec. »
    C'est dommage que l'on fasse en sorte, dans les médias, de faire croire que le Québec, c'est Montréal dans ce qu'elle a de moins authentique.
    Saguenay, Abitibi, Témiscamingue, Bauce, Estrie, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie, Charlevoix, Côte Nord, Jamesie... Et partout dans ces parties du pays, il y a des humains qui continuent de le construire et de lui donner un visage.