Incursion dans la vie de femmes singulières au Centre Phi

Pauline dans «Pauline s’arrache»
Photo: Jour2Fête Pauline dans «Pauline s’arrache»

Dans les extraits de films de famille qu’utilise la réalisatrice Émilie Brisavoine, demi-soeur de l’héroïne de Pauline s’arrache, documentaire turbulent, Pauline Lioret-Besson est souvent vêtue en princesse aux côtés de son père, Frédéric Lioret, déguisé en vamp blonde, et de sa mère Meaud Besson, qui a les allures d’une Brigitte Fontaine. Or, le monde de Pauline n’est pas rose bonbon.

Arrogante, les hormones dans le tapis, Pauline, que l’on suit de 15 à 17 ans, en fait voir de toutes les couleurs à ses parents, qui passent leur temps à se crier l’un sur l’autre, sa soeur et son frère, qui ont quitté ce nid peu douillet. « Petite pute ! Petite merdeuse ! », lui lance souvent son père, exaspéré. Chez les Lioret-Besson, on est rarement tendre l’un envers l’autre. Et pourtant, on sent que ce clan dysfonctionnel s’aime d’un amour viscéral, indestructible.

Filmé à l’aide de différentes caméras, ce qui explique la qualité variable des images, Pauline s’arrache n’était pas destiné au grand écran, mais à la famille seulement. Certes, on pourrait crier au voyeurisme et à l’exhibitionnisme alors qu’Émilie Brisavoine dévoile sans fard des moments peu glorieux de cette famille atypique. Rappelant par sa facture artisanale, sa créativité et sa fébrilité Tarnation de Jonathan Caouette et Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, Pauline s’arrache pose un regard attentif, empathique et tendre sur une jeune fille en quête d’elle-même.

Autres productions

Autre morceau de la programmation du Centre Phi : le film Felt. Inspiré des expériences de l’actrice Amy Everson, qui porte le film sur ses épaules, ce drame d’horreur de Jason Banker traite avec audace du harcèlement sexuel et de la culture du viol. Ayant vécu une agression sexuelle dans sa jeunesse, Amy perçoit difficilement les intentions des garçons. Afin de se faire une place dans ce monde qu’elle juge phallocentrique, elle se crée un alter ego mâle.

Lointaine cousine d’Ellen Page dans Hard Candy de David Slade et de Charlotte Gainsbourg dans Antichrist de Lars von Trier, Amy fera payer très cher les agissements de son nouveau petit ami qui a pourtant l’air d’un bon garçon. Fort d’une atmosphère anxiogène, de mouvements de caméra survoltés et d’une trame sonore organique, Felt s’avère une réflexion dérangeante et pour le moins originale sur la condition féminine.

Les 19, 20 et 21 janvier au Centre Phi