Quand Truffaut cuisine Hitchcock

François Truffaut en entretien avec Alfred Hitchcock
Photo: Cinéma du Parc François Truffaut en entretien avec Alfred Hitchcock

Ce documentaire, sur un tandem de cinéastes mythiques, découle d’une célèbre série d’entrevues avec Alfred Hitchcock, sur huit jours à Hollywood, par l’enfant terrible de la Nouvelle Vague, François Truffaut, en 1962. Fort alors de ses trois premiers longs métrages : Les 400 coups, Tirez sur le pianiste et Jules et Jim, l’ancien critique des Cahiers était devenu lui-même une légende vivante.

Les deux hommes se connaissent déjà. Avec l’aide d’une interprète, le jeune Français va revoir film par film la trajectoire et l’univers de celui qu’il considère comme le plus grand réalisateur au monde, mais sur qui l’étiquette de cinéaste de divertissement colle à la peau. C’est le recueil de ces entretiens, Hitchcock/Truffaut, publié en 1967 chez Robert Laffont, qui aidera le cinéaste de Vertigo à atteindre le statut de maître qu’il méritait. Ce documentaire du francophile Kent Jones constitue avant tout une analyse du cinéma d’Hitchcock, plutôt qu’un retour sur ce livre d’entretiens crucial dans l’histoire du cinéma.

Le film, qui aurait pu creuser ses sujets davantage, intéresse par les rencontres filmées de ces entretiens, par les extraits de films du maître du suspense, qui défilent sous ses commentaires. Les propos des cinéastes influencés par Hitchcock des deux côtés de l’Atlantique sortent rarement des lieux communs, mis à part ceux d’Assayas et de Scorsese. Plusieurs de ces « têtes parlantes » auraient pu être sacrifiées au montage.

Truffaut connaît par coeur l’oeuvre hitchcockienne, lui demandant : « Vous considérez-vous comme un cinéaste chrétien ? » « On se met off the record », répond le cinéaste d’I Confess. Sur le péché originel, le sentiment de culpabilité dans l’oeuvre d’Hitchcock, beaucoup sera dit. Aussi sur son sens visuel remarquable, souvent expressionniste, acquis à l’époque du muet, inimitable pour les cinéastes n’ayant connu que le parlant.

Truffaut s’intéressait surtout au récit et aux figures mises en scène, Hitchcock au langage du cinéma (il considérait les acteurs comme du bétail), fier que son Psycho, avec des personnages somme toute peu inspirants, adapté d’un roman quelconque, par la magie du cinéma et du montage, ait pu séduire et terrifier les foules un peu partout.

Ce documentaire est une invitation à relire le recueil d’entretiens, plus complet, plus profond que ce film de Kent Jones, moins rebelle qu’il aurait pu l’être, inspirant tout de même, et démontrant à quel point le septième art d’aujourd’hui procède des deux pôles résumés sous ces deux visages.

Hitchcock/Truffaut

★★★

Documentaire de Kent Jones. Avec Martin Scorsese, David Fincher, Wes Anderson, Olivier Assayas, etc. 2015, 80 minutes.