État de somnolence

De presque tous les plans, Franco avance dans un état somnambulique dans l’univers de Wim Wenders.
Photo: Métropole De presque tous les plans, Franco avance dans un état somnambulique dans l’univers de Wim Wenders.

Wim Wenders a souvent dépeint des artistes au fil de son oeuvre, tant fictive que documentaire, la plupart du temps des metteurs en scène de cinéma (L’état des choses, Lisbon Story) ou des photographes (Rendez-vous à Palerme, Le sel de la terre). Dans Un meilleur temps viendra, film qu’il a tourné au Québec, dont on reconnaît la beauté des paysages ruraux et urbains dans la lentille de Benoît Debie (Irréversible, Enter the Void), le grand cinéaste allemand s’intéresse à la figure d’un écrivain. Enfin, c’est ce qu’il tente de nous faire croire.

Distrait par une dispute au téléphone avec sa copine (Rachel McAdams), un romancier (James Franco) percute au volant de sa voiture deux garçons, dont l’un meurt sur le coup. Dès lors, il entretient avec la mère éplorée (Charlotte Gainsbourg) une relation particulière. S’ensuit pour l’homme de lettres une rupture inévitable. Suivront aussi une histoire d’amour avec une femme déjà mère d’une fillette (Marie-Josée Croze) et des romans qui séduiront le public et la critique.

De presque tous les plans, Franco avance dans un état somnambulique dans l’univers de Wim Wenders. Certes, le personnage qu’il incarne est hanté par cet enfant mort brutalement un jour paisible d’hiver, il n’est donc pas surprenant qu’il affiche en permanence un air sombre, impénétrable. Or, cet air de torpeur, il l’affichait bien avant le drame. Du coup, l’évolution du personnage que Wenders suit pendant une dizaine d’années paraît peu plausible. Jamais on ne croira à la richesse intellectuelle ni aux tourments existentiels de cet écrivain entouré de personnages féminins que le scénariste Bjorn Olaf Johannessen s’est contenté d’esquisser mollement.

Récit portant sur le deuil, thème si magnifiquement abordé par Wenders dans Pina, Un meilleur temps viendra souffre d’un rythme léthargique et de personnages semblant plongés dans un état près de l’endormissement. Si l’atmosphère onirique oppressante du film traduit parfaitement le sentiment de vertige ressenti à la suite de la perte d’un être cher, se dégage de l’ensemble la curieuse impression que les pions qu’y fait laborieusement évoluer Wenders se sont trompés d’échiquier.

Un meilleur temps viendra (V.F. de Every Thing Will Be Fine)

★★ 1/2

Drame psychologique de Wim Wenders avec James Franco, Rachel McAdams, Charlotte Gainsbourg, Marie-Josée Croze, Patrick Bauchau, Peter Stormare et Robert Naylor.