L’invention de la vie

Éric Beauparlant, le frère mythomane de la réalisatrice André-Line Beauparlant
Photo: Les Films du 3 mars Éric Beauparlant, le frère mythomane de la réalisatrice André-Line Beauparlant

Sans toit ni loi, Éric Beauparlant vit des aventures extraordinaires en parcourant les quatre coins du monde. Du moins, c’est ce qu’il prétend. Un jour, la famille Beauparlant reçoit une mauvaise nouvelle : accusé d’escroquerie, Éric serait emprisonné au Brésil. Pis encore, l’une de ses soi-disant victimes avance que ce dernier est recherché dans plusieurs pays. Dans quelle galère s’est-il encore embarqué ? Bien habile celui qui pourra y répondre.

Fascinée par ce don qu’il a de s’inventer une vie, André-Line Beauparlant (Trois princesses pour Roland, Le petit Jésus) tente de percer le mystère qu’incarne ce coloré mythomane. Vainement. Au fil de ses réflexions, ce frère bien-aimé se dévoile candidement pour aussitôt se dérober habilement. À des lieues de l’approche psychologisante, la documentariste illustre par cet hypnotique jeu du chat et de la souris un beau cas de menteur pathologique. Soutenu par l’efficace montage de Sophie Leblond, Pinocchio prend alors la forme éclatée d’un puzzle où le clan Beauparlant n’arrive plus à séparer le vrai du faux.

D’une patience exemplaire, sans une once de jugement, avec la complicité émue de ses parents et celle de Robert Morin à la caméra, André-Line Beauparlant trace un captivant portrait fragmenté de cet homme insaisissable. Tour à tour grave et léger, celui-ci a le don de balancer une confidence bouleversante au milieu d’une conversation anodine et de dédramatiser les situations les plus inquiétantes. À l’instar de la famille, le spectateur passe par une riche gamme d’émotions.

Fidèle à sa démarche, la cinéaste évite soigneusement les pièges du voyeurisme et de l’exhibitionnisme. À tout moment, c’est un regard empreint de respect, d’admiration et d’amour pour les siens qui émane de ce troisième documentaire centré sur sa famille. Certes, il y a peu d’action dans Pinocchio, les personnages y étant la plupart du temps dans l’attente de cet antihéros taillé sur mesure pour le cinéma. Mais une fois de plus, à travers cette chronique familiale, la cinéaste dépeint subtilement le mal-être masculin. Saisissant.

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Pinocchio

★★★

Canada (Québec), 2015, 75 minutes. Documentaire d’André-Line Beauparlant.