Entre vouloir et pouvoir

Olivier D. Asselin, lui-même militant dans l’âme, cherche la meilleure voie pour changer le monde.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Olivier D. Asselin, lui-même militant dans l’âme, cherche la meilleure voie pour changer le monde.

À force de marcher, de s’enchaîner aux chantiers et de résister, ils finissent, parfois, par obtenir gain de cause. Dans son dernier documentaire, Pipelines, pouvoir et démocratie, le réalisateur Olivier D. Asselin s’intéresse aux chemins empruntés par les environnementalistes pour faire valoir leur point de vue, plus précisément dans le cas de l’opposition aux oléoducs qui permettraient de transporter du pétrole d’un bout à l’autre du pays.

Olivier D. Asselin, lui-même militant dans l’âme, cherche la meilleure voie pour changer le monde. Son documentaire, qui suit des personnages divers, du politicien au militant rebelle, témoigne de cette quête difficile et de cette hésitation entre les différents moyens à prendre pour y arriver.

« L’idée de base, c’était de se demander ce qu’il reste de notre démocratie à travers ces expériences », dit le jeune homme en entrevue.

D’entrée de jeu, c’est sur Daniel Breton, le militant, le député du Parti québécois, puis le ministre déchu que la caméra d’Olivier D. Asselin s’est braquée.

On observe donc l’étonnante métamorphose que cet environnementaliste convaincu subit après avoir accédé au pouvoir. L’homme va jusqu’à donner son aval au projet d’oléoduc qu’il abhorre pourtant, pour mieux asseoir, dit-il, la souveraineté du Québec en matière énergétique.

Parallèlement, la jeune Alyssa Symons-Bélanger et son acolyte Mikaël Rioux prennent la rue pour lutter contre l’établissement d’un port pétrolier à Cacouna, puis contre l’inversement du pipeline 9B à Pointe-aux-Trembles.

Ceux-ci auront marché de Cacouna à Kanesatake, près de Montréal, pour faire en sorte que le projet de TransCanada d’établir un port pétrolier dans le Saint-Laurent soit annulé, après qu’une commission fédérale eut accordé aux bélugas du Saint-Laurent le statut d’espèce en voie de disparition. « C’est la pression populaire » qui a fait tourner le vent dans ce dossier, affirme Asselin en entrevue. Il ajoute que le statut accordé au béluga du Saint-Laurent n’avait alors même pas encore force de loi lorsque TransCanada a décidé de se retirer du projet.

La pression populaire n’aura cependant pas eu raison du projet d’inversement du pipeline 9B d’Enbridge, qui vient d’obtenir l’aval de l’Office national de l’énergie.

En entrevue, Olivier D. Asselin s’en prend à tout le système politique pour expliquer que « le Québec soit passé à côté de l’histoire », durant le dernier mandat du Parti québécois, en ne misant pas à fond sur la question environnementale, mais « plutôt sur la charte des valeurs », dit-il. Le PQ avait pourtant dans son équipe des environnementalistes convaincus comme Martine Ouellette ou Daniel Breton, ajoute-t-il.

Le tout est lié au « déficit démocratique », et au fait que le pouvoir est centralisé dans les mains « d’une seule personne » à Québec, c’est-à-dire dans celles du premier ministre, analyse Asselin. Les lobbys des multinationales font le reste. Au fédéral, le chef de campagne de Justin Trudeau, Dan Gagnier, n’a-t-il pas dû démissionner après avoir transmis des informations privilégiées à TransCanada, avant même que le chef libéral ait remporté les dernières élections ?

Olivier D. Asselin, qui n’est pas prêt d’abandonner l’idée de changer le monde, suggère d’abord et avant tout l’établissement d’un mode de scrutin proportionnel, pour donner plus de pouvoir à la base.

En attendant, il faudra marcher encore longtemps pour faire face aux compagnies qui disposent de portefeuilles énergétiques variés, leur permettant de jongler à leur guise avec énergies fossiles et énergies renouvelables, bloquant le développement des secondes pour mieux exploiter jusqu’à la lie les premières.

En embrassant si large, et en délaissant une narration directive, Olivier D. Asselin, qu’il ne faut pas confondre avec l’autre réalisateur du même nom, risque cependant de perdre son spectateur, qui jonglera, comme lui, entre les différentes approches d’engagement proposées.

Entre celle de l’homme politique et celle du militant, on ne sait plus trop vers qui se tourner. Enchaînée à la clôture qui entoure le chantier du pipeline 9B, à Pointe-aux-Trembles, Alyssa Symons-Bélanger ne fait pas de quartier. Tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, dit-elle. Encore faut-il que ces moyens atteignent leur cible.

Pipelines, pouvoir et démocratie

Canada, 2015. Un documentaire d’Olivier D. Asselin au cinéma Quartier latin de Montréal et au cinéma Cartier de Québec à partir du 4 décembre.