Ce mortel ennui

«Vue sur mer» est un drame domestique qui avance au gré d’un rythme léthargique.
Photo: Universal «Vue sur mer» est un drame domestique qui avance au gré d’un rythme léthargique.

En décapotable, tandis que Birkin chantonne Jane B., un couple américain sillonne les routes tortueuses du sud de la France, offrant une vue imprenable sur la Méditerranée. À mi-chemin entre la carte postale ensoleillée et la luxueuse pub de parfum, cette première scène du drame sentimental écrit, réalisé et produit par Angelina Jolie Pitt donne le ton. Séduit par l’élégance des images de Christian Berger (fidèle complice de Michael Haneke), le spectateur sera aussitôt frappé d’un ennui fatal.

En arrivant à l’hôtel, Roland (Brad Pitt, un peu figé) sympathise avec le barman et le patron du café (Niels Arestrup, chaleureux, et Richard Bohringer, quasi-figurant), tandis que Vanessa (Angelina Jolie Pitt, pétrifiée derrière ses faux cils) affiche un air blasé. Prétextant l’écriture de son prochain roman, Roland passe ses journées à trinquer avec le barman. Hantée par de mauvais souvenirs, accro aux cachets, Vanessa partage son temps entre faire les courses et contempler la mer.

Faute d’un récit et de personnages assez étoffés, Jolie Pitt livre au compte-gouttes le mystère du drame domestique avançant au gré d’un rythme léthargique. Puis, Vanessa découvre un trou dans le mur. Bientôt, les Américains, en panne de désir, épient les ébats d’un couple français en voyage de noces (Melvil Poupaud et Mélanie Laurent, qui ont peu à faire sinon exposer leur chair). S’ensuivent des scènes d’une sensualité aussi artificielle que le jeu de Jolie Pitt et la désagréable impression de se transformer en voyeur en assistant à la désintégration du plus glamour des couples d’acteurs. Une curieuse sensation rappelant celle éprouvée devant Kidman et Cruise se déchirantchez Kubrick — là s’arrête la comparaison !

S’étant intéressée aux victimes collatérales de la guerre (Au pays du miel et du sang, Invincible), Jolie Pitt donne ici dans le drame bourgeois. Ou du moins l’idée qu’elle s’en fait. De fait, on jurerait que la réalisatrice ait vu en rafale les Chabrol, Sautet et Rivette tant Vue sur mer croule sous les clichés du genre avec pour résultat de ressembler à un soporifique pastiche de film français. Qui sait, une suite à M. et Mme Smith aurait été moins douloureuse.

Vue sur mer (V.F. de By the Sea)

États-Unis, 2015, 132 minutes. Drame sentimental d’Angelina Jolie Pitt. Avec Angelina Jolie Pitt, Brad Pitt, Niels Arestrup, Richard Bohringer, Mélanie Laurent et Melvil Poupaud.