Balles de neige, en plein nez

Les attachants personnages du film avec acteurs font toujours sourire dans leur version désincarnée, mais ce film s’adresse à un auditoire plus jeune que le précédent.
Photo: Séville Les attachants personnages du film avec acteurs font toujours sourire dans leur version désincarnée, mais ce film s’adresse à un auditoire plus jeune que le précédent.

Fort du succès culte de La guerre des tuques d’André Melançon, le premier et le meilleur des Contes pour tous, produit en 1984 par Rock Demers, cette charmante adaptation en animation 3D devrait captiver encore parents et enfants.

Une bonne histoire demeure une bonne histoire (même si l’original mérite d’être revu). Les attachants personnages du film avec acteurs font toujours sourire dans leur version désincarnée, mais ce film s’adresse à un auditoire plus jeune que le précédent.

Les visages dessinés des petits héros peuvent paraître assez simplistes, les personnages secondaires caricaturaux, ce procédé accentue toutefois leurs côtés comiques. Les adultes, naguère peu présents, sont disparus du paysage et ne manquent à personne. Ce n’est pas leur guerre à eux.

Rappelons que cette histoire de conflit de clans entre enfants dans un village de Charlevoix (Saint-Irénée, en partie reconstitué a remplacé Baie-Saint-Paul) a pour point focal un fort de neige, pour la conquête duquel les enfants se battent à coups de balles de neiges catapultées ou pas.

Sophie (voix de Mariloup Wolfe) et Luc (Nicholas Savard L’Herbier), les deux chefs de bandes, se reluquent, conférant deux doigts de romance à l’action. Plusieurs protagonistes demeurent savoureux: le brillant « François les lunettes » aux traits asiatiques qui dessine le fort, ses recoins secrets et ses armes offensives (Hélène Bourgeois-Leclerc); les jumeaux un peu bébêtes (grasseyant de concert par la voix d’André Sauvé la réplique célèbre: « La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal ! »). Sophie Cadieux donne de la voix à la petite Lucie, éternelle enragée si savoureuse.

L’émotion sera au rendez-vous en dernière partie avec le drame entourant la chienne Saint-Bernard, Cléo, amie des deux camps.

On applaudit à la mise en scène vraiment solide sur effets de plongées, zooms, plans diversifiés (Jean-François Pouliot, cinéaste de La Grande séduction s’en est donné à coeur joie), aux côtés de François Bisson attelé aux dessins. Les paysages se révèlent particulièrement réussis, avec ce village québécois de conte de fée dans ses Laurentides plus imposantes que nature, ployant comme les toits des maisons sous la neige. Le rythme du film est efficace, plus ramassé que dans la version originale, sans temps morts. Le personnage de Luc a perdu de son ambiguïté et gagné des traits sympathiques, tandis que certaines figures secondaires s’estompent.

La 3D, assez discrète, n’abuse pas des effets de jaillissement, mais la neige nous tombe dessus et les balles nous atteignent parfois. Les oiseaux volent. On s’y croirait.

La chanson L’hymne interprété par Céline Dion et Fred Pellerin (dans la version anglaise par Céline Dion toute seule) ne devraient pas nuire au succès du film. Toute la trame musicale en impose, avec des interprètes comme Marie-Mai, Groenland, Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur et Jonathan Painchaud. En bref, c’est charmant. Voilà !

La guerre des tuques en 3D

Québec, 2015, 80 min. Réalisation : Jean-François Pouliot et François Brisson. Scénario : Normand Canac-Marquis et Paul Risacher, adapté du scénario et du roman «La guerre des tuques» de Roger Cantin et Danyèle Patenaude et du film d’André Melançon. Musique : Éloi Painchaud et Jorane. Directeur artistique : Philippe Arseneau Bussières. Directeur d’animation : Jim Van Der Keyl.