Je t’aime, je te trompe

Stanislas Merhar et Clotilde Courau incarnent avec le naturel requis, quoique parfois un peu affecté, les conjoints à la dérive.
Photo: FunFilms Stanislas Merhar et Clotilde Courau incarnent avec le naturel requis, quoique parfois un peu affecté, les conjoints à la dérive.

La jeune quarantaine épanouie, Pierre et Manon forment depuis plusieurs années un couple en apparences parfait. Entre eux règne en effet une belle entente faite de sourires complices et de regards tendres. Au sein d’une union comme celle-là, les mots sont le plus souvent inutiles. Ils se connaissent. Ils se devinent. Amoureux, donc, Pierre et Manon collaborent également dans leur vie professionnelle, du moins dans le volet de celle-ci qui les passionne, à savoir le documentaire, qui bien sûr ne suffit pas pour payer le loyer. Puis, Pierre prend une maîtresse…

De plus en plus indifférent, voire dur envers Manon, Pierre déchante lorsqu’il apprend que cette dernière a elle aussi une liaison. Et le vieux fond misogyne pétri d’insécurité de pointer son vilain nez : lui peut bien faire des galipettes ailleurs, mais il est hors de question qu’elle jouisse de la même latitude matrimoniale. 

C’est ici, au mitan, que se précise l’enjeu réel du drame de moeurs L’ombre des femmes, qui ne s’intéresse pas tant aux mécanismes de la rupture inévitable qu’aux rouages psychologiques qui y mèneront. Le film explore ainsi l’hypocrisie du héros et le désarroi de l’héroïne. Tout cela, façon Nouvelle Vague, le cinéaste Philippe Garrel en ayant manifestement la nostalgie, lui qui débuta juste après que le mouvement fut arrivé à son terme et que ses chantres — Chabrol, Truffaut, Godard, Resnais et cie — s’en fussent allés vers d’autres horizons cinématographiques.

Dans la continuité

 

L’ombre des femmes voit en outre l’auteur renouer avec plusieurs des motifs narratifs (l’amour à bout de souffle, l’infidélité, la valse-hésitation sentimentale) et esthétiques (noir et blanc, dépouillement étudié) de son précédent La jalousie, autre film tablant sur l’angoisse qui naît de la peur d’être quitté par l’être aimé.

Stanislas Merhar (Nettoyage à sec, Adolphe) et Clotilde Courau (Nuit noire, 17 octobre 1961) incarnent avec le naturel requis, quoique parfois un peu affecté, les conjoints à la dérive. On sent par moments l’improvisation contrôlée dans les échanges ; cela fonctionne. Maîtrisé dans son genre, le film s’inscrit parmi les bons crus de l’auteur. Ses admirateurs aimeront.

L’ombre des femmes

★★★ 1/2

France, 2015, 73 minutes. Drame de Philippe Garrel avec Clotilde Courau, Stanislas Merhar, Antoinette Moya.