Julie Gayet: actrice, certes, mais productrice avant tout

Julie Gayet mène une double carrière d’actrice et de productrice.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Julie Gayet mène une double carrière d’actrice et de productrice.

Élégante, racée, lumineuse, Julie Gayet mène une carrière d’actrice plus qu’enviable depuis une vingtaine d’années. Ayant notamment tourné sous la direction d’Agnès Varda (Les cent et une nuits), de Manon Briand (La turbulence des fluides) et d’Emmanuel Mouret (Un baiser s’il vous plaît), elle avoue être gênée de l’hommage que lui rend Cinemania cette semaine. « Ça fait très plaisir, mais en même temps, je me dis :“Oh là là ! C’est ma vie et mon oeuvre !” » lance-t-elle en éclatant de rire.

Si les cinéphiles connaissent bien sa filmographie, ceux-ci connaissent sans doute moins bien son parcours de productrice, métier qu’elle adore, et celui de documentariste, qu’elle exerce avec plaisir et humilité. En plus d’y découvrir 8 fois debout de Xabi Molia et Taulardes d’Audrey Estrougo, qu’elle a produits, les spectateurs pourront évaluer ses talents de réalisatrice, alors que Cinemania présentera Cinéastes 1, où Gayet s’entretient avec des réalisatrices, et Cinéastes 2, où elle poursuit l’exercice avec des réalisateurs.

Intéressant passage

« Ce qui m’intéresse, c’est ce passage d’actrice à productrice, confie Julie Gayet. J’ai vraiment l’impression d’être à ma place, de m’épanouir. J’aime jouer, mais c’est vraiment produire que j’aime le plus. Je n’ai jamais voulu réaliser et je ne réaliserai jamais. Je vais continuer à faire des documentaires, mais pour moi, ce n’est pas réaliser, c’est plus un travail d’échanges, de discussion avec ces cinéastes que je connais très bien, un moyen de donner la parole et de mettre en lumière des gens que j’aime. »

C’est en voulant s’inscrire à l’ARP (Auteurs Réalisateurs Producteurs), où elle souhaitait parler d’enjeux politiques avec Bertrand Tavernier et Michel Hazanavicius, que Julie Gayet a accepté de tourner « ce petit documentaire », comme elle le décrit, où elle interroge des réalisatrices, d’Agnès Varda à Katell Quillévéré en passant par Josiane Balasko, sur ce cinéma que l’on dit de femmes.

« La question de Ciné + était de savoir si le cinéma a un sexe. Cette question m’intéresse peu. Ce qui m’intéressait, c’était d’entendre tous ces cinéastes parler d’eux et, du coup, de la société. Les réalisateurs sont des artistes qui ont un regard sur le monde. J’adore leur intelligence, leur pensée, échanger avec eux. Comme productrice, j’adore être leur regard extérieur, les faire réfléchir, essayer de comprendre ce qu’ils veulent faire, les accompagner. »

De l’autre côté du miroir

Dès son premier long métrage, où elle voulait filer un coup de main aux techniciens, Julie Gayet a compris que le métier d’actrice ne lui suffirait pas. « Je viens de l’école du cirque, où l’on monte le chapiteau, où l’on vend des crêpes à l’entracte ; il n’y a pas cette hiérarchie que l’on retrouve au cinéma, se souvient l’actrice intéressée par toutes les facettes du cinéma. C’est peut-être pour cela que je suis devenue productrice. Je n’ai jamais choisi un film en fonction d’un rôle, mais pour le metteur en scène et pour le projet dans sa globalité. »

Avec Mathieu Busson, son coréalisateur, Julie Gayet a entrepris le tournage d’un troisième volet, où elle s’entretiendra avec des cinéastes étrangers, dont la Japonaise Naomi Kawase et l’Autrichienne Jessica Hausner. Parmi ses autres projets se trouvent un documentaire d’une réalisatrice américaine sur Alice Guy, qu’elle coproduira, et un long métrage sur cette pionnière du cinéma français produit par Gaumont. En riant, Julie Gayet révèle que grâce à elle, Thierry Frémaux inclut maintenant le nom d’Alice Guy entre ceux des frères Lumière et de Georges Méliès lorsqu’il donne des conférences sur l’histoire du cinéma français : « Tu nous as tellement gonflés avec ça ! » lui aurait dit Tavernier.

Fière que l’on compte environ 27 % de femmes cinéastes en France, Gayet reconnaît qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire pour elles. « C’est compliqué pour les femmes, et j’aime beaucoup quand Céline Sciamma dit qu’on a une responsabilité quant aux petites filles. Dans certains pays, on compte 3 % de réalisatrices, quand ce n’est pas que trois seulement ; dans d’autres pays, il n’y en a qu’une. Quand j’ai donné le documentaire à Thierry Frémaux pour qu’il le voie et que, l’année d’après, il a choisi Jane Campion comme présidente du jury à Cannes, je me suis dit que le film aura au moins éveillé quelque chose chez lui. Il faut assumer sa féminité et ne pas essayer de faire comme les hommes, car ce n’est pas une compétition avec les hommes. J’aime bien la réflexion de Mia Hansen-Love, qui, faute d’être un grand barbu, trouve son autorité à sa façon. Il faut faire à sa manière sans se poser de question. Être productrice, c’est une façon de parler sans parler. Je ne veux pas trop prendre la parole, les actes étant tellement plus importants que les mots. En produisant, j’essaie de faire comprendre qui je suis. »

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