Quand «La guerre des tuques» s’anime

Image tirée de «La guerre des tuques», nouvelle mouture
Photo: Séville Image tirée de «La guerre des tuques», nouvelle mouture

Tout a commencé en 2009, lors du 25e anniversaire de La guerre des tuques dirigé par André Mélançon. Rock Demers des Productions La Fête avait reçu une pétition de 11 000 noms réclamant haut et fort un remake de ce film culte et fleuron des Contes pour tous. Mais il refusait de refaire un long-métrage avec acteurs, tant l’original s’était imprimé dans l’esprit collectif. « C’est Rock Demers qui nous a approchés pour faire cette animation », explique Marie-Claude Beauchamp, la productrice chez Carpe Diem, qui s’en est sentie très fière.

Mission accomplie : La guerre des tuques 3D atterrira sur 70 écrans du Québec le 13 novembre prochain. Et disons-le d’entrée de jeu, il a tout pour dépasser les frontières du Québec : outre la qualité des dessins et la (toujours) bonne histoire à sa source, d’autres cartes atout, dont la chanson L’hymne interprétée par Céline Dion et Fred Pellerin, et une trame sonore très élaborée composée par Jorane et Éloi Painchaud. Le film a coûté 11 millions, un gros budget pour le Québec, quoique dérisoire selon les critères américains, auquel il peut se comparer sans rougir. « Le film est prévendu sur plusieurs territoires, mais il reste à finaliser les ventes pour chaque pays. Aux États-Unis, l’offre est sur la table. On attend une confirmation », poursuit la productrice.

Le réalisateur de La grande séduction, Jean-François Pouliot, se retrouve aux commandes de cette Guerre des tuques 3D aux côtés du cinéaste d’animation François Brisson. Basé sur le scénario initial de Roger Cantin et Danyèle Patenaude, réécrit par Normand Canac-Marquis et Paul Risacher, il ne fut pas question de dénaturer l’histoire originale. Place à la guerre, au fort de neige, aux deux camps d’enfants qui s’affrontent avec ses héros typés, la chienne Saint-Bernard au milieu, et les deux chefs de guerre, Sophie et Luc, qui se plaisent au fond. Au rendez-vous aussi : les répliques célèbres comme « La guerre, la guerre : c’est pas une raison pour se faire mal ! » et le baiser des deux pugilistes.

Le film est devenu trentenaire entre-temps. Une longue aventure : « Deux ans de production, deux ans et demi de montage, résume François Brisson, qui a fait un minutieux story-board avant que les dessins soient transposés à l’ordinateur. Le film a 1800 plans, j’ai dû redessiner chacun deux fois… »

Le film d’une génération

Mariloup Wolfe prête sa voix à Sophie. « Je suis de la génération de La guerre des tuques, dit-elle. Ce film, je l’ai vu et revu, le montrant cette année à mes propres enfants. C’est sûr qu’au départ, j’entendais en moi la voix de Maripierre [l’actrice du film original], mais sans chercher à aller du côté de la copie. J’ai tenté de garder le côté un peu raide de cette fille, qui était plus douce au scénario. Après tout, c’est une générale de guerre. »

Nicolas Savard L’Herbier a grandi également avec La guerre des tuques. Aux auditions, il rêvait de faire parler Luc, le héros gars de l’histoire. « J’ai fait beaucoup de doublage, dit-il, mais cette fois, j’avais l’impression d’être un vrai personnage, car le réalisateur était présent. Et puis j’aime l’effet cartoon du film. Quand les personnages se cognent, ils peuvent sauter en l’air et retomber loin l’un de l’autre. En animation, tout est permis. »

Des changements s’imposaient quand même de scénario à scénario. Voici le fort garni de pièces intérieures, de drones, de cellulaires, etc. qui sont apparus en modernisant l’action. Le personnage de Luc avait ses ambiguïtés. « On l’a rendu plus sympathique en laissant à son ami Jacques le soin d’être la bougie d’allumage de la guerre, précise Jean-François Pouliot. Le clairon appartient désormais à son père plutôt qu’à son grand-père. On accentue son deuil. Ceux qui ont déjà vu le film ne se sentiront pas trahis, mais notre propre signature y est aussi. »

Traduire des personnalités

Pour les dessins, un mot d’ordre : ne pas chercher la ressemblance physique, mais plutôt traduire des personnalités. Sauf que les deux héros, Sophie et Luc, dans leur complexité, ne prêtaient pas à la caricature. « Et puis Phil Arseneault, le directeur artistique, était un amoureux du film original. Si bien que les deux chefs de gang ressemblent à leurs modèles plus que les personnages secondaires. »

Les deux réalisateurs avaient demandé au départ à Marc Béland et Pascale Montpetit de mimer la gestuelle des personnages afin d’offrir à chacun sa propre façon de se mouvoir.

« J’ai dirigé cette animation comme un film avec acteurs, précise Jean-François Pouliot. On a fait des repérages dans Charlevoix. Le film original avait été tourné surtout à Baie-Saint-Paul. Nous, on a pris des éléments de paysages ici et là. Surtout le village de Saint-Irénée avec son magasin général. Un village n’a de sens que s’il possède un épicentre, comme là-bas. Mais on choisissait des montagnes ailleurs, la descente des Éboulements et de Baie-Saint-Paul aussi. »

Comme le film est en 3D, il fallait une profondeur de champ, des angles de caméra. « Le 3D est à mi-chemin entre l’animation traditionnelle et le cinéma du réel, précise Pouliot. Le directeur de l’animation, Jim Van Der Keyl, est Américain, mais tous les autres animateurs sont d’ici et Jim a été estomaqué par les talents qu’on possède à Montréal. Si le film s’exporte, ça leur fera aussi une belle publicité. »