La Corriveau: le documentaire

Reproduction de la cage pour les fins du tournage du documentaire
Photo: Mathieu Gauvin Reproduction de la cage pour les fins du tournage du documentaire

Après maints examens, la nouvelle est tombée lundi : il s’avère que l’exosquelette retrouvé dans le Massachusetts en 2013 serait bel et bien la légendaire « cage de la Corriveau ». Condamnée pour meurtre et pendue à Lévis en 1763, Marie-Josephte Corriveau y fut exposée pendant quarante jours suivant son exécution. La découverte inopinée ainsi que le processus ayant mené à l’authentification de cette macabre « dernière demeure » vaudraient qu’on leur consacre un documentaire. C’est déjà chose faite, a appris en exclusivité au Devoir le réalisateur Alain Vézina, qui complète en ce moment le montage de son plus récent projet, simplement intitulé La cage.

« Dès que j’ai appris qu’une cage avait été dénichée au Peabody Essex Museum de Salem et qu’il pourrait s’agir de LA cage, j’ai perçu le potentiel d’une histoire formidable. Il va sans dire qu’il a d’abord fallu convaincre le Musée de la civilisation de nous laisser filmer la cage. Au départ, les autorités du musée se sont montrées réticentes, ce qui est normal, mais j’ai signé une entente de non-divulgation — à laquelle je ne suis plus lié — et finalement, j’ai reçu leur feu vert. »

« Cet été, je me suis entretenu avec les experts qui ont examiné la cage, dont un expert en métaux et un forgeron. C’est fascinant de les entendre expliquer leurs analyses : comment les différentes couches de corrosion peuvent être lues, comment le type de rivets utilisé est révélateur, comment l’utilisation de fer recyclé constitue un indice capital […]. Ils ont pu établir que la cage était ajustable, car contrairement à la croyance populaire, elle n’a pas été forgée sur le cadavre de la Corriveau : il aurait brûlé. Quand je leur ai parlé, ils étaient déjà pas mal certains que la cage était authentique. J’ai aussi consulté les historiens Catherine Ferland et Dave Corriveau, auteurs de La Corriveau. De l’histoire à la légende[Septentrion]. »

Pour mémoire, Alain Vézina est entre autres coauteur avec sa conjointe Annik-Corona Ouellette de l’ouvrage Contes et légendes du Québec (Beauchemin). La Corriveau y occupe évidemment une place de choix.

Riche héritage

« On a commencé le montage, mais il me reste à réaliser une entrevue avec Victor-Lévy Beaulieu, qui a écrit la pièce Ma Corriveau dans les années 1970. L’idée, c’est d’inclure tout un volet consacré aux créateurs qui ont été inspirés par la Corriveau. C’est un riche héritage. Les légendes, le film Nouvelle-France, les chansons ; Gilles Vigneault, Mes aïeux… Je pense aussi à Monique Parizeau, qui a écrit le roman La fiancée du vent, ou encore au célèbre conte de Philippe Aubert de Gaspé Une nuit avec les sorciers. »

Féru de films d’horreur, Alain Vézina s’est à ce chapitre fait plaisir en filmant ledit conte, avec reconstitution historique et maquillages effrayants à la clé, puis en l’intégrant à la trame du documentaire. Enseignant en cinéma au cégep de Saint-Jérôme, il s’est en outre déjà distingué dans le documentaire, notamment avec une production dont l’issue fut similaire à celle de La cage.

« C’est un peu comme quand je réalisais mon film sur le Montmagny en 2011 [Dans le sillage du Titanic. L’histoire du CGS Montmagny] et qu’on a découvert l’épave. Ç’aurait été intéressant quand même, mais ce l’est devenu encore davantage. C’est grandiose, comme finale. Je revis ça avec La cage. »

Bref, un dénouement heureux pour un documentaire consacré à une figure historique tragique. Bientôt, Alain Vézina proposera son film à l’ONF, avec lequel il collabore souvent. Son rêve : en réserver la première au festival Fantasia, l’été prochain. D’ici là, la cage pourra encore préserver une part de son mystère.

1 commentaire
  • Serge Beauchemin - Abonné 28 octobre 2015 09 h 51

    Pour votre information, Anne Claire Poirier, réalisatrice du film LES FILLES DU ROY, a utilisé la cage de la Corriveau domme métaphore dans son film. C'est une production de L'ONF de 1975.

    Hélène Girard