William Hurt, acteur philosophe

Profondeur, conscience, concentration. Quand William Hurt, l’antistar, s’exprime sur sa carrière, on l’entend évoquer un cheminement spirituel.
Photo: Jacques Grenier Profondeur, conscience, concentration. Quand William Hurt, l’antistar, s’exprime sur sa carrière, on l’entend évoquer un cheminement spirituel.

L'acteur américain William Hurt est parmi nous. Il joue dans le film de Léa Pool Le Papillon bleu un entomologiste auprès d'un enfant cancéreux en pleine jungle du Costa Rica à la poursuite d'un rêve guérisseur. À voir sur nos écrans le 20 février.

William Hurt n'est pas un comédien comme les au-tres. L'oscarisé de l'extraordinaire Baiser de la femme araignée, le mythique interprète des Enfants du silence, l'acteur de Ken Russell, de Steven Spielberg, de Woody Allen, de Wim Wenders, d'un tas d'autres artistes réalisateurs déteste jouer à la star. En fait, il n'y songe même pas, débarque ici avec sa barbe, son honnêteté, sa quête de sens.

L'aspect glamour du métier, le clinquant, les paillettes lui passent vingt pieds au-dessus de la tête. En entrevue, il vous parle plutôt de la difficile recherche de l'union intérieure et extérieure, de cette sorte de yoga, de fusion désirée, qu'on obtient en étant comme un instrument dont le réalisateur peut jouer à sa guise. Les mots qui reviennent le plus souvent sur ses lèvres sont profondeur, conscience, concentration. Quand il s'exprime sur sa carrière, on l'entend décrire un cheminement spirituel. Dire qu'il jure avec l'univers d'Hollywood relève de l'euphémisme.

Fils de diplomate ayant passé son enfance dans des valises, théologien de formation, William Hurt a amorcé sa carrière au théâtre avec le répertoire shakespearien. Au cinéma, il a joué auprès des plus grands, l'évoque comme un privilège, choisit des rôles intéressants, mais se sent aussi choisi par eux.

À d'autres, les grosses productions hollywoodiennes aux cachets faramineux enchaînées sans répit. À lui, les oeuvres d'auteur surtout, mais aussi le théâtre qui l'accapare de plus belle. «Je n'aime pas être séparé longtemps du théâtre, dit-il. Sur les planches, on a le temps de plonger plus profondément dans le thème. Au cinéma, l'acteur se retrouve opprimé par le temps et l'argent.» À ses yeux, le cinéma constitue essentiellement une portion du théâtre.

William Hurt parle un bon français, perfectionné aux côtés de la comédienne Sandrine Bonnaire, sa compagne de jadis. Il aime vraiment le Québec, lieu de ressourcements (Hurt a même joué un petit rôle dans la télésérie La-Rivière-des-Jérémie). Hier, il accompagnait à Montréal l'équipe du Papillon bleu, un film de Léa Pool destiné à toute la famille. La cinéaste de La Femme de l'hôtel sortait avec lui de son registre intimiste habituel. Il s'agit d'une oeuvre de commande au départ, mais le fait d'avoir adopté une fille a donné aussi à Léa Pool envie de tourner pour elle. Quant à William Hurt, le titre l'a séduit, le sujet, intéressé. «Il y a un papillon dans le cimetière de ma mère», dit-il. Et puis j'aimais la question soulevée par le film: "Est-il possible de transformer une vie?"»

La productrice Francine Allaire, Léa Pool et William Hurt recevaient hier la presse dans les locaux d'Ex-Centris. Ils lançaient du même coup la chanson thème du film interprétée par Marie-Élaine Thibert, la finaliste de Star Académie, sur des mots de Stéphane Venne, revenu à la chanson après vingt ans d'absence.

Ce n'est pas que Le Papillon bleu (tourné en anglais et en espagnol, doublé en français) sorte tout de suite sur nos écrans. En fait, il ne prendra l'affiche que le 20 février, à la faveur du congé scolaire, mais William Hurt, bientôt sur les planches, n'était disponible que cette semaine. Le 2 février, à Portland dans l'Oregon, il entame un rôle de fermier dans The Drawer Boy de Michael Healey, un petit théâtre de poche de 160 places.

Pour le Papillon bleu, il est allé tourner au Costa Rica avec Pascale Bussières (qui incarnait la mère du petit garçon) et Marc Donato, acteur de treize ans tenant le rôle de l'enfant en quête du papillon. Ce tournage fut vécu pour Hurt dans une sorte d'harmonie, à travers la générosité et le partage. De Pascale Bussières, il a apprécié la simplicité et l'authenticité. Donner la réplique à Marc Donato fut à ses yeux un dialogue fécond avec l'innocence. «Quand j'ai commencé au théâtre, j'ai entendu la phrase: "Ne joue jamais avec un enfant ou avec un chien." Ils sont naïfs, ils respirent. En fait, les enfants sont nos meilleurs amis, parce qu'ils nous poussent à renoncer à nos effets dramatiques pour viser l'innocence.»

Le scénario du Papillon bleu a pour base une aventure survenue à Georges Brossard, ci-devant fondateur de l'Insectarium de Montréal et entomologiste autodidacte de grande renommée. Un jeune homme malade, condamné par la science, avait émis le dernier voeu de chasser avec lui le morpho bleu, beau papillon hantant les forêts humides tropicales. Brossard accepta de l'accompagner et l'enfant fut miraculeusement guéri à la suite du périple.

Pour tout dire, Georges Brossard rêvait d'incarner l'entomologiste. Il avait animé la télésérie Insectia, se sentait d'attaque pour un rôle de premier plan. Mais voilà! La production désirait un acteur chevronné. William Hurt en l'occurrence. Brossard a accompagné l'équipe au Costa Rica, dirigeant Hurt pour les gestes de l'entomologiste. «Georges Brossard avec son énergie, sa passion pour les insectes est l'âme du film», précise son interprète. Léa Pool eut à choisir parfois entre les propositions de Brossard pour la gestuelle de l'entomologiste, ou celles de William Hurt, plus artistiques, quitte à trancher une fois en faveur des mouvements de taï-chi de l'acteur avec son filet, pour la séduction de leur mouvement.

Éprouvant tournage! Reptiles, pluies diluviennes, etc. Rien ne leur fut épargné. Léa Pool dut apprendre à diriger des cascades et, en postproduction, des effets spéciaux. Mais il faut croire que la chimie fut vraiment bonne, puisqu'il est question d'une nouvelle collaboration au cinéma entre la cinéaste québécoise et William Hurt.

Le Papillon bleu devait sortir en septembre, après le Festival des films du monde, mais il ne fut pas retenu au FFM. Quant à le distribuer à Noël au milieu de l'amas des autres productions familiales, le distributeur n'y croyait guère.

Tourné en anglais avec un budget de 14 millions, le film est une coproduction avec la Grande-Bretagne. Il sera diffusé là-bas, en plus d'avoir été vendu un peu partout, au Japon entre autres, en Amérique latine, au Portugal, en Espagne, en Italie, en France, en Suisse, etc. L'équipe est en pourparlers avec les États-Unis et l'Australie. La langue anglaise ouvre bien des portes, plus que le français hélas! On s'en désole d'autant plus que William Hurt parle le français. Misère de la mondialisation linguistique!