Le fond du crachoir

Entre fureur et glapissements, Ana de Armas et Lorenza Izzo font piètre figure en anges exterminateurs venus châtier les maris infidèles.
Photo: Films Séville Entre fureur et glapissements, Ana de Armas et Lorenza Izzo font piètre figure en anges exterminateurs venus châtier les maris infidèles.

Evan, la quarantaine séduisante, mène une vie idyllique dans la magnifique demeure californienne dont il a lui-même dessiné les plans. Avec sa ravissante conjointe, une artiste très cotée, il est le père de deux beaux enfants. Mais voilà que par une nuit d’orage, le rêve tourne au cauchemar. Seul à la maison pour le long week-end, Evan a la surprise de trouver deux jeunes filles perdues sur le pas de sa porte. Plus elles s’expliquent et moins leur histoire tient la route. Pas grave. Evan, qui n’a jamais vu de reportages sur les braquages à domicile, les laisse entrer. Pour le protagoniste, ce n’est là que la première d’une longue série de décisions stupides.

Écrit et réalisé par Eli Roth, chantre du sous-genre horrifique dit de « torture-porn » caractérisé par une prédilection pour les sévices physiques montrés à profusion et en détail, Knock Knock constitue une offrande moins sanguinolente que son précédent Green Inferno, sur des étudiants dévorés par des indigènes cannibales, mais tout aussi indigeste. Tantôt sérieux dans son approche du suspense en huis clos, tantôt humoristique dans ses développements outranciers, le film se plante sur les deux fronts : on rit d’effarement lorsque l’action est censée être tendue et on frissonne d’horreur lorsqu’elle se croit drôle. Quant aux velléités satiriques de la chose, disons simplement que ce n’est pas parce que c’est un pastiche que c’est intelligent.

La proposition, en l’occurrence, a tôt fait de tourner à vide, son argument se prêtant davantage à un court qu’à un long métrage. En se bornant à n’offrir que du remplissage narratif, c’est en tout cas ce que suggère Roth. Ainsi, après avoir été séduit puis séquestré, Evan passe le plus clair du deuxième acte à se libérer, à tenter de fuir, à se faire rattraper in extremis, puis à remettre ça, bis. Et les dialogues ! D’une bêtise qui dépasse l’entendement.

L’interprétation est à l’avenant. Entre fureur et glapissements, Ana de Armas et Lorenza Izzo (épouse du réalisateur) font piètre figure en anges exterminateurs venus châtier les maris infidèles. La palme du jeu revient cela dit à Keanu Reeves, si mauvais qu’on en reste pantois. Pour la direction d’acteurs, on repassera.

Comme tout cinéaste qui fait un peu parler de lui, Eli Roth a ses défenseurs et il s’en trouvera sûrement pour discerner le germe de quelque discours subversif au milieu de cette fange-là. Le cinéma est un art, la perception de l’art est subjective, et pour peu qu’on se plaise à argumenter, on peut faire dire une chose et son contraire à n’importe quelle oeuvre.

Seulement voilà, parfois, quand ça ressemble à une merde, que ça sent la merde et que ça laisse un arrière-goût de merde, eh bien, c’est de la merde.

Knock Knock

États-Unis, 2015, 99 minutes. Aucune étoile. Réalisation : Eli Roth avec Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas, Ignacia Allamand.