Entre la tête et le coeur

«Le monde de Nathan» est l’histoire d’un jeune autiste, attachant malgré tous ses efforts pour ne pas se lier.
Photo: Séville «Le monde de Nathan» est l’histoire d’un jeune autiste, attachant malgré tous ses efforts pour ne pas se lier.

Nathan est un enfant prodige. Il peut apprendre une langue étrangère rien qu’en lisant un manuel. Il peut rejouer n’importe quel morceau de piano en ne l’ayant entendu qu’une fois. Surtout, il peut résoudre les équations mathématiques les plus élaborées. Nathan aime tout ce qui peut être expliqué scientifiquement. Les émotions, les sentiments, les gens… c’est plus compliqué. Le monde de Nathan relate l’histoire de ce jeune autiste, attachant malgré tous ses efforts pour ne pas se lier.

À l’origine de cette production « inspirée par des faits réels » se trouve le documentaire télévisé Beautiful Young Minds (2007), qui se penchait sur le processus de sélection des Olympiades internationales de mathématiques. En cours de production, le réalisateur Morgan Matthews constata que plusieurs des adolescents de la compétition souffraient d’une forme ou d’une autre d’autisme. Touché, il décida de leur consacrer un film en privilégiant cette fois la fiction, laquelle lui permettait de concentrer la majorité de ses observations en un seul protagoniste.

Nathan est campé avec brio par Asa Butterfield (et par Edward Baker-Close durant la petite enfance). L’interprétation de ce genre de rôle souffrant souvent d’un abus de « méthode », le naturel privilégié par la vedette du Hugo de Scorsese emporte d’emblée l’adhésion. Il en va de même du côté des adultes, avec une mention spéciale, sans surprise, à l’irrépressiblement sympathique Sally Hawkins (Paddington) en mère pleine de patience, d’abnégation et d’affection jamais retournée.

Le coeur dans le viseur

À cet égard, les cinéphiles apprécieront l’approche hitchcockienne du film qui, bien que dénué de suspense, n’en recourt pas moins à l’un des procédés narratifs favoris du maître : le MacGuffin, cet objet, ou cette visée, poursuivi par les personnages et paraissant justifier l’intrigue, mais qui s’avère une fausse piste (l’uranium dans Les enchaînés, l’argent volé dans Psychose). Dans Le monde de Nathan, tout indique que l’enjeu principal est de découvrir si Nathan parviendra ou non à gagner les Olympiades.

Contre toute attente, la quête véritable qui anime le film de Morgan Matthews n’est pas celle au terme de laquelle Nathan triomphera de ses pairs en usant de ses facultés intellectuelles inouïes, mais bien celle à l’issue de laquelle il apprendra à exprimer ses émotions — et à recevoir celles d’autrui (nommément l’amour débordant de sa mère).

Objectivement, Le monde de Nathan n’est pas un grand film : la mise en scène est anonyme et la musique folk-pop de Keaton Henson est trop présente, entre autres bémols. Seulement voilà, grâce notamment aux comédiens, cette histoire-là émeut.

Sans doute votre appréciation de ce drame lumineux dépendra-t-elle de votre capacité à effectuer un voyage intérieur similaire à celui du héros. Un voyage dont la destination n’est pas la tête, mais le coeur.

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Le monde de Nathan (V.F. de A Brilliant Young Mind)

★★★

Grande-Bretagne, 2015, 111 minutes. Réalisation : Morgan Matthews avec Asa Butterfield, Sally Hawkins, Rafe Spall, Eddie Marsan.