Malala «superstar»

Le documentariste Davis Guggenheim brosse un portrait résolument élégiaque du Prix Nobel de la paix 2014.
Photo: Fox Searchlight Le documentariste Davis Guggenheim brosse un portrait résolument élégiaque du Prix Nobel de la paix 2014.

Difficile d’ignorer, et de ne pas admirer, un personnage de la stature de Malala Yousafzai : à la fois frêle et courageuse, éloquente et espiègle, brillante et consciente de ses limites. Avant que les talibans ne la prennent pour cible en octobre 2012, cette jeune Pakistanaise faisait déjà parler d’elle sur la scène internationale via un blogue de la BBC, décrivant les misères d’une fillette à vouloir s’instruire dans une région du monde où les fanatiques font la loi et prônent l’ignorance.

Elle vient tout juste d’avoir 18 ans et son parcours n’est rien de moins qu’exceptionnel ; pareil destin n’allait pas rester trop longtemps loin des écrans de cinéma. Dans He Named Me Malala, Davis Guggenheim (An Inconvenient Truth, Waiting for Superman) dresse un portrait résolument élégiaque du prix Nobel de la paix 2014, retraçant, dans un certain désordre, les étapes qui l’ont conduite à une célébrité planétaire, à commencer par sa survie après de délicates opérations dans un hôpital de Birmingham en Angleterre, le visage défiguré par une balle qui l’a laissée à moitié sourde.

Qu’est-ce qui a fait de Malala une superstar du militantisme pour l’éducation des femmes et de la justice sociale ? Le titre du film est sans équivoque sur l’influence déterminante de son père, Ziauddin Yousafzai, brillant orateur et esprit progressiste, ayant choisi pour sa fille le prénom d’une Jeanne d’Arc afghane du XIXe siècle, Malala Anaa, inébranlable devant la puissante armée britannique. Cet homme admiratif n’est jamais loin de sa progéniture, surtout lorsqu’ils se retrouvent aux quatre coins du monde, mais la caméra de Guggenheim capte aussi des moments d’intimité familiale avec les deux frères de Malala, drôles et turbulents, ainsi que sa mère, discrète et ambivalente devant la renommée de sa fille.

Dans un souci de clarté quasi pédagogique — le film devrait faire un tabac dans les salles de classe —, plusieurs séquences d’animation illustrent quelques temps forts de la vie de celle fréquentant les stars le jour et se penchant sérieusement sur ses devoirs le soir. Ici et là, on s’amuse devant quelques instants volés à une Malala moins cérémonieuse, gênée de parler de la beauté des garçons ou taquine avec ses deux frères, dont l’un n’hésite pas à dire que sa soeur n’est pas la préférée de sa mère…

A-t-on droit à des révélations fracassantes sur celle qui ne peut plus remettre les pieds au Pakistan sans risquer sa vie ? Tout au long des 18 mois de tournage, elle semble avoir déjoué les questions plus personnelles du cinéaste, refusant d’aller dans les recoins sombres de son âme, évitant aussi de diaboliser ses bourreaux (qui ne demandent sûrement que cela). Leur travail de sape est d’ailleurs évoqué dans une séquence de type micro-trottoir où des Pakistanais affichent ouvertement leur hostilité à l’égard de Malala, la croyant totalement manipulée par l’Occident.

He Named Me Malala n’arrivera guère à les convaincre du contraire. Il s’agit bel et bien d’un monument à la gloire de celle dont le combat mérite par ailleurs respect et attention. Or, de l’attention, elle en a déjà beaucoup, et Guggenheim ne fait qu’ajouter une note (jamais discordante) au concert d’éloges.

He Named Me Malala

★★ 1/2

États-Unis, 2015, 87 minutes. Documentaire de Davis Guggenheim.